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    Émilie Esparon (Viva Technology) : « Quand on ne structure pas, on ne peut pas mesurer, et quand on ne peut pas mesurer, on ne peut pas s’améliorer »

    Chaque année, Viva Technology attire à Paris 165 000 visiteurs. Rendez-vous incontournable pour suivre les tendances technologiques et comprendre la transformation des industries, l’évènement va fêter ses 10 ans. Émilie Esparon, directrice RSE de l’évènement, fait le point sur la politique responsable portée par l’organisation.

    Sur le volet environnemental, tout un travail est fait sur notre production, afin qu’elle soit la plus éco-responsable possible. Notre concept scénographique s’articule autourdu « less is more ». Aujourd’hui, 95 % de nos matériaux sont revalorisés. Par exemple, nos corners start-ups sont les mêmes depuis 2019 et nos scènes de conférences sont pensées pour durer au minimum trois ans. On essaie aussi d’influencer notre écosystème, exposants comme partenaires. La récolte des données auprès d’eux est essentielle pour calculer notre bilan carbone. On les guide également sur leur contenu, et les enjeux environnementaux et sociauxsont présents dans toutes nos conférences. Autre élément, on veut faire la tech avec tout le monde. Les femmes sont mises en avant dans notre programmation : l’année dernière, 41 % de femmes étaient sur scène. Les jeunes sont aussi une source de préoccupation.On tente de faire connaître les métiers du numérique en accueillant 25 000 étudiants, issus de tous horizons, grandes écoles ou non.

    La première chose à faire, c’est calculer précisément notre bilan carbone. Aujourd’hui, 93 % de celui-ci correspond au déplacement des visiteurs. C’est pourquoi on encouragela mobilité douce. Nous mettons de plus en plus en avant l’accessibilité de l’événement par les transports en commun. L’année dernière, un parc à vélos a été inauguré. Et sur les populations que nous maîtrisons, comme les journalistes, on les encourage à prendre le train, via des partenariats avec la SNCF ou leurs homologues européens. Pour les conférenciers, c’est pareil. S’ils habitent à l’étranger, nous poussons pour mutualiser leur venue avec d’autres évènements en Europe ou en France. Pour les visiteurs lambda, il est possible de calculer son propre bilan carbone, pour comprendre son impact et choisir de l’adapter.

    Quand Viva Technology a été lancé, c’était un pari. Aujourd’hui, l’événement possède une résonance énorme, mais il intègre aussi un rôle et un devoir. La RSE est dans l’ADN depuis le début, mais ce n’était pas forcément structuré. Et quand on ne structure pas, on ne peut pas mesurer, et quand on ne peut pas mesurer, on ne peut pas s’améliorer. Il y a un gros travail qui a été fait et la gouvernance a changé. Par exemple, j’ai désormais trois personnes dans mon équipe RSE, alors que j’étais seule à mon arrivée. Un autre pas important a été concrétisé récemment. Nous avons obtenu une certification ISO 20121 en mai 2024, qui valide un système de management responsable appliqué à l’évènementiel, après un effort conséquent de deux ans. Nous ne l’avons pas fait pour décrocher le label, mais pour définir une méthode. Dans le cadre de cette certification, il est exigé d’établir une politique RSE précise, en se posant la question de nos enjeux. Nous avons donc défini quatre piliers, en collaboration avec nos parties prenantes.

    Le premier, c’est l’environnement, en comprenant et en tentant de réduire notre empreinte environnementale. Le deuxième pilier correspond au fait d’œuvrer pour une technologie plus inclusive. On y aborde les sujets de la parité, de l’égalité des chances, etc. Le troisième pilier, c’est l’importance d’avoir un rôle pédagogique. Nous nous devons de présenter des solutions et des startups qui vont avoir un impact concret et positif sur l’environnement et la société. Et le quatrième pilier tient dans le collectif et les sujets RH en interne, ou comment s’articule VivaTech en tant qu’entreprise. Sur la base de ces quatre piliers, une feuille de route a été déclinée, avec des KPI mesurés régulièrement. Le schéma idéal ou presque serait que notre pôle RSE disparaisse. Cela signifierait que ces questions sont totalement intégrées au sein de l’organisation.

    Le premier sujet à adresser tient dans la lisibilité de nos engagements. Nous lançons de nombreuses actions, mais on connaît parfois quelques difficultés à les rendre perceptibles par les visiteurs. Par exemple, l’année dernière, un espace de 1 500 m2 était dédié aux start-ups et associations ayant un impact positif sur l’environnement. Sachant qu’il existe d’autres exposants sur VivaTech travaillant sur le sujet, comment fait-on, en termes de visibilité, pour que les visiteurs se rendent compte que la RSE infuse partout ? La deuxième problématique est d’attirer plus de responsables RSE de grands groupes, au-delà des start-ups. Notre salon doit devenir un événement incontournable dans leur agenda, parce qu’aujourd’hui, la technologie est dans nos vies et il faut qu’on l’utilise comme un outil. Le dernier point est peut-être ambitieux, mais je pense que notre rôle tient aussi à faire émerger la prochaine « Léa Musk », une femme de la tech qui régnera sur le secteur.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).