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    Xerox, Martin, Bluewest : trois points de vue sur l’automatisation dans l’impression

    Dans un secteur de l’impression bousculé par la pression sur les coûts, la transformation numérique et la pénurie de compétences, l’automatisation s’impose comme un levier stratégique autant qu’un changement culturel profond. De la simplification du pilotage des presses à la rationalisation des tâches administratives, Isabelle Savin (Xerox) souligne le rôle des grands constructeurs pour surmonter les obstacles qui freinent productivité et rentabilité. Mais la rupture se joue aussi bien en amont, rappelle le consultant Ludovic Martin : l’IA redéfinit la relation client, le devisage et même l’analyse des fichiers. Sur le terrain de la production, Florian Bruand (Bluewest) confirme l’accélération d’un mouvement où validation en ligne, preflight intelligent et automatisations modulaires transforment les flux… sans jamais effacer l’expertise humaine. Ensemble, leurs visions dessinent un paysage où l’automatisation n’est plus un gadget technique, mais le nouveau socle de compétitivité des imprimeurs.

    Quelles sont les grandes problématiques actuelles dans le monde de l’impression ?

    Les acteurs de la communication graphique doivent aujourd’hui relever des défis sur de nombreux fronts, dans un contexte économique tendu et, qui plus est, sur un marché en pleine révolution numérique. Pour en évoquer quelques-uns : augmenter sa productivité pour gagner en rentabilité avec des opérateurs moins spécialisés mais hyper polyvalents, se différencier pour remporter plus d’affaires et augmenter ses volumes d’impression grâce à des services innovants, sécuriser son infrastructure, ses data, celles de ses clients et parfois même certains des documents produits, ou bien encore limiter son impact sur l’environnement.

    Comment l’automatisation peut apporter une réponse à ces défis ?

    Même si chaque client, chaque organisation est unique, un dirigeant, quel que soit son domaine d’activité, gère avant tout des lourdeurs voire des obstacles entravant le travail de ses équipes. Là est souvent le frein majeur à la productivité, la compétitivité, l’innovation et à la rentabilité tant recherchée. Fort de son expérience dans les environnements de bureau autant que dans les environnements de production, Xerox a développé tout un écosystème d’automatisations, assistées, dans certains cas, par de l’intelligence artificielle. Grâce à cela, nous pouvons aider les professionnels de l’impression à surmonter leurs obstacles.

    Cela passe tout d’abord par la simplification du pilotage des imprimantes et des presses pour les rendre accessibles à n’importe quel opérateur, tout en lui permettant d’imprimer comme un expert. Nous automatisons un maximum de tâches pour réduire les points de contacts qui sont potentiellement source d’erreur.

    On comprend qu’il faille ensuite se mettre en capacité d’alimenter ses outils de production de façon optimale. Web-to-print et automatisation du pré-presse jusqu’à la finition sont alors incontournables. Incontournables certes, mais pas suffisants… Car comment faire face aux imprévus ? La température dans l’atelier est trop élevée pour imprimer correctement. Le magasin papier est presque vide alors qu’un travail urgent est en cours de production. Une opération de maintenance vient bousculer le planning, il faut réorganiser la répartition des travaux. Comment avoir les yeux sur tout, tout le temps sans pouvoir rester en permanence dans l’atelier ? Xerox répond avec sa solution de supervision de parc, FreeFlow Vision Connect. Que vous soyez dans l’atelier, au bureau ou dans le train pour vous rendre à un important rendez-vous client, vous gardez le contrôle et l’analyse prédictive vous alerte sur les risques potentiels.

    Quid des tâches administratives ?

    Puisque l’on parle du bureau, il y a en effet de nombreuses tâches administratives à gérer. Où trouver le temps pour traduire la dernière étude de marché d’une dizaine de pages publiée sur ce sujet hyper stratégique ? Et les notes manuscrites de la dernière réunion qu’il faut saisir pour envoyer rapidement le compte-rendu à l’équipe. Il y a aussi cette documentation PDF qu’il serait tellement facile de modifier soi-même avec les bons outils. Et pour couronner le tout, il reste ces documents à anonymiser, fusionner et protéger à transmettre à la banque. Xerox sait gérer toutes ces situations et bien d’autres encore.

    Cette étude de 10 pages peut être traduite, résumée et transformée en fichier audio que vous pourrez écouter tout à l’heure dans la voiture. Vos notes manuscrites peuvent être scannées et transformées en fichier doc en un clic. Votre PDF peut être converti en fichier PowerPoint parce que c’est l’application bureautique dans laquelle vous êtes le plus à l’aise pour faire les modifications demandées. Quant à ces documents à anonymiser et fusionner, il vous suffira de les scanner. Dans toutes ces situations, la solution Xerox Workflow Central est votre assistant multifonction qui ne vous demandera que votre login depuis votre montre, votre tablette ou station de travail. Cette application web va révolutionner votre façon de travailler et vous libérer un temps précieux pour prospecter commercialement.

    Isabelle Savin est marketing manager chez Xerox.

    L’IA marque-t-elle une véritable rupture pour l’automatisation ?

    Oui, clairement. Jusqu’ici, l’automatisation dans l’impression se situait surtout au niveau des flux pré-presse. Une fois le panier validé et le fichier reçu, les ateliers avaient déjà depuis longtemps mis en place des workflows, souvent très aboutis. On voit d’ailleurs fleurir sur LinkedIn des démonstrations de chaînes automatisées sous Switch ou d’autres solutions : ce sont des technologies matures et maîtrisées depuis des années. Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’innovation se déplace vers l’amont, sous l’influence directe du e-commerce. On assiste à l’arrivée de chatbots performants capables de répondre automatiquement à des questions simples comme « Où en est ma commande ? » ou « J’ai un problème de livraison ». Le robot peut consulter les systèmes internes, donner une réponse fiable et, en cas d’anomalie, solliciter le service client. On automatise ainsi toute la partie prise de contact et pré-qualification – une activité autrefois très chronophage et à faible valeur ajoutée pour les équipes.

    Qu’est-ce que l’IA apporte de plus sur cette partie commerciale ?

    On sort d’une époque où le client devait naviguer dans de gros configurateurs ou remplir des formulaires complexes pour obtenir un devis. Désormais, il peut simplement exprimer son besoin, comme par exemple : « Je veux un catalogue pour mon prochain salon, environ 40 pages, sur un papier premium. » Le chatbot interroge un système de pricing ou un ERP et fournit immédiatement plusieurs devis, un délai et des options pertinentes. On dépasse complètement le configurateur traditionnel. C’est un gain de productivité énorme, notamment pour les deviseurs, souvent saturés par des demandes nombreuses et à faible taux de conversion. En parallèle, l’IA devient une aide précieuse pour orienter des clients souvent moins techniques qu’avant – une tendance due à la montée du digital chez les graphistes. Choisir un papier, un format complexe, une matière d’étiquette, etc., ce sont des décisions qui demandaient auparavant de longues explications. L’IA permet un conseil immédiat, ciblé et plutôt fiable.

    Vous évoquez aussi une automatisation amont sur les fichiers eux-mêmes. De quoi s’agit-il ?

    Il s’agit d’une analyse automatisée qui va au-delà du simple preflight. L’IA peut vérifier la conformité technique, faire un premier diagnostic réglementaire sur un packaging, identifier des manques de mentions obligatoires, ou proposer des ajustements. On voit même émerger des plateformes où le point d’entrée est directement le fichier. Le client importe son PDF, et la plateforme lui suggère le support le plus adapté, les matières compatibles, les finitions possibles, voire une estimation du prix. C’est loin d’être parfait, mais c’est une nouvelle manière de consommer l’imprimé, plus simple, plus guidée. Pour des catalogues produits qui dépassent parfois les milliers de références, c’est un changement majeur.

    Au-delà de la technique, c’est aussi un changement culturel majeur. Comment les entreprises doivent-elles aborder cette mutation ?

    Je ne crois pas à une disparition massive des métiers. Je vois plutôt un déplacement des tâches. Oui, certains postes de contrôle prépresse basique sont menacés – mais c’était déjà le cas avec les solutions avancées de preflight, avant même l’IA. La vraie valeur se déplace vers le conseil, la mise en place des bons réglages, la compréhension des contraintes techniques et surtout l’entraînement et la supervision de l’IA. Les techniciens deviennent en quelque sorte des entraîneurs : leur expertise nourrit les modèles, évite les erreurs et améliore les diagnostics. On passe du rôle de faiseur à celui de référent.

    C’est la même logique côté commercial. Un chatbot ne remplace pas un conseiller. Il traite les demandes triviales, 24h/24, et quand il fait face une question complexe, le commercial ne reçoit plus que des demandes qualifiées. C’est ça, le changement culturel : comprendre que l’IA ne remplace pas, mais optimise, et qu’il faut repositionner les équipes pour tirer des bénéfices maximums de leur expertise. On vit quelque chose de similaire à l’arrivée du web-to-print il y a vingt ans. Il s’agit d’une vague lente, mais profonde, qui transforme durablement les comportements d’achat et les modèles de production.

    Ludovic Martin est consultant indépendant en web-to-print et e-commerce.

    Quelle étape de production est-elle à prioriser par automatisation logicielle ?

    Ce qui revient le plus souvent, c’est la gestion du BAT. Beaucoup d’imprimés passent encore par des échanges manuels de mails avec des PDF compressés ou des images dégradées. Or, l’étape de validation est cruciale, car tant que le client ne valide pas le BAT, la production ne démarre pas. Chez Bluewest, nous utilisons notamment la solution Review développée par Enfocus, qui permet une validation en ligne fidèle au rendu final.

    Le PDF est vu exactement comme il sera imprimé, sans problème de couleurs ni de surimpression. L’outil intègre aussi des relances automatiques, comme des emails configurables tous les jours, toutes les 48 heures ou toutes les semaines, avec possibilité de mettre en pause pour un déplacement ou de modifier les destinataires. Après un certain nombre de relances sans réponse, le commercial est alerté pour prendre le relais. Cela accélère considérablement le processus et permet de respecter les délais de production.

    Et côté analyse des fichiers ?

    Le preflight est également critique. Nous ne faisons pas tout en automatique et l’opérateur reste maître de certaines décisions, comme l’ajout de fonds perdus. Selon la nature du visuel, il choisira la méthode la plus adaptée : miroir, étendre le dernier pixel, etc. Nous travaillons aussi beaucoup sur les fichiers Canva, très populaires mais parfois mal configurés pour l’impression. Grâce à PitStop et Switch, nous pouvons corriger automatiquement les noirs, vectoriser les polices, ajouter les traits de coupe manquants ou ajuster les fonds perdus. L’objectif est d’éviter de renvoyer le fichier au client pour correction, ce qui ralentit la production.

    L’automatisation peut-elle inquiéter certains professionnels ?

    C’est le cas et c’est compréhensible, notamment chez les plus expérimentés. Mais l’expérience montre qu’au bout de 6 mois, même les plus réticents reconnaissent les gains. Ils ne passent plus leurs journées sur des tâches répétitives et voient leur travail valorisé. L’automatisation permet d’augmenter la productivité sans augmenter la masse salariale – un enjeu crucial face à la concurrence.

    L’humain reste la valeur ajoutée : vérifier les fichiers, valider les retouches, éviter les erreurs coûteuses. Même si certaines tâches peuvent être automatisées, un opérateur ou un chef de projet garde toujours le contrôle, surtout sur des impressions importantes, comme des brochures ou des livres à tirage significatif. L’automatisation ne supprime pas le rôle humain, elle libère du temps et augmente la qualité et la productivité.

    Quels développements poursuivez-vous en R&D ?

    Nous travaillons beaucoup sur l’intelligence artificielle. Bluewest développe des applications modulaires intégrées à Switch, un peu à la manière d’un App Store, avec des solutions gratuites ou payantes, tout en étant abordables. Nous avons créé des connecteurs pour ERP, des outils pour générer des patchs de couleur, envoyer des messages sur WhatsApp, Teams ou Slack, et des modules de préflight intelligents. Grâce à l’IA, nous pouvons transformer un rapport technique en email compréhensible par n’importe qui, trier automatiquement des images par catégorie, convertir du « speech-to-text », retoucher ou générer des images, etc. Certains clients expérimentent même des LLM (NDLR : des grands modèles de langage) hébergés en interne pour plus de confidentialité.

    Florian Bruand est automation expert chez Bluewest.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).