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    Où en est « la plus petite imprimerie de livres du monde » ?

    Un an après sa présentation remarquée sur C!Print 2025, le robot imprimeur de livres développé par Instant Book Technology et Riso poursuit sa mue. Pensé pour réinventer l’impression des livres au plus près des lecteurs, il cristallise plusieurs tendances fortes des industries graphiques : automatisation, décarbonation et réduction des stocks. Alors, quel avenir se dessine pour ce petit bijou automatisé ?

    L’histoire de l’Instant Book débute il y a quelques années. À l’époque, Stéphanie Roser travaille encore chez l’automaticien français R&D Technology lorsqu’un imprimeur formule un besoin : imprimer en très petits volumes, rapidement, afin de diversifier son offre. Une première machine robotisée est développée et présentée au Salon du Livre 2019 sous le nom de « Gutenberg One », rapidement surnommée « la plus petite imprimerie de livres du monde ». Mais la start-up porteuse du projet ne survivra pas au Covid. En 2025, Stéphanie Roser, à présent co-fondatrice et présidente d’Instant Book Technology, relance l’aventure à Strasbourg : « Nous avons racheté les brevets pour monter la structure dédiée Instant Book Technology, car nous croyons profondément à l’impression à la demande dans l’industrie du livre. »

    CINQ MINUTES CHRONO

    L’Instant Book fonctionne comme un véritable automate. Si l’alimentation papier reste manuelle, toutes les étapes suivantes sont robotisées, de l’impression du corps du livre et de la couverture via une solution Riso au massicotage final en passant par le prélèvement des feuilles et l’assemblage des différentes parties du livre. La durée de l’opération s’étend de 5 à 6 minutes selon la pagination. La seule opération humaine restante tient dans le fait de vider le tiroir des chutes de papier.

    La technologie du fabricant japonais Riso a été choisie pour imprimer les livres. « Riso nous a particulièrement convaincus par sa rapidité d’exécution et sa faible empreinte écologique, en termes de consommables comme de consommation énergétique », explique Stéphanie Roser. L’impression à froid maîtrisée par Riso, sans déformation du papier, s’est aussi montrée décisive. Marie-Christine Armstrong, cheffe de produit chez Riso France, précise que « le papier n’est ni chauffé ni chargé en électricité statique. C’est essentiel, car le cœur de la machine consiste dans la post-production. Un papier stable garantit la fiabilité du robot. » Pour Riso, cette collaboration s’inscrit pleinement dans la stratégie que l’entreprise porte depuis des années : se diversifier et se positionner sur des marchés innovants.

    COMMERCIALISATION EN 2026

    Présentée pour la première fois sur le salon C!Print, en février 2025, la solution a immédiatement suscité un effet waouh. « Nous avons vu la différence en termes de trafic sur notre stand. Dès que le robot se mettait en mouvement, un attroupement se formait », se remémore Astrid Tronel, responsable marketing opérationnel chez Riso France. Un intérêt à l’international s’est aussi manifesté, notamment dans les pays africains francophones, car imprimer localement des ouvrages éducatifs plutôt que les importer relève du bon sens écologique et logistique.

    Si l’engouement s’avère réel, la machine n’est, aujourd’hui, pas encore officiellement commercialisée. L’objectif de sortie est fixé à la mi-2026. Le prix actuel du prototype, supérieur à 100 000 €, pourrait refroidir certaines cibles et le principal objectif du moment consiste à l’abaisser significativement. La solution vise moins les imprimeurs que les librairies indépendantes, au plus près des lecteurs, afin de maximiser le gain écologique. « Nous avons conscience qu’il s’agit d’un investissement important, mais, sur le long terme, il réduit considérablement les immobilisations liées au stock », précise Stéphanie Roser. Et dans une filière où des millions d’exemplaires de livres partent chaque année au pilon, l’argument pèse lourd.

    DES USAGES DÉJÀ ÉPROUVÉS

    Un premier éditeur parisien a testé la machine pendant huit mois. Résultat : 12 000 livres imprimés. Plus récemment, la librairie Quartier Libre à Bruxelles, très engagée dans les problématiques écologiques, a aussi installé un Instant Book. Là aussi, les résultats semblent probants, avec un trafic magasin en hausse, la multiplication des ateliers d’écriture, la venue d’auteurs et d’éditeurs, et plus globalement, la création d’un véritable écosystème autour de l’impression instantanée. La promesse est donc autant technologique que culturelle.

    Les grands réseaux de ventes de livres comme la Fnac ou Cultura n’ont pas encore été sollicités, mais le potentiel existe bel et bien. « Pour les gros volumes, la chaîne du livre classique reste toutefois la plus adaptée », reconnaît Stéphanie Roser. Instant Book Technology vise plutôt les réimpressions à la demande de livres à succès, les auteurs autoédités, ou les éditeurs indépendants qui ne vendent pas des milliers d’exemplaires.

    NOUVELLES FONCTIONNALITÉS

    Plusieurs améliorations technologiques de la solution sont en cours. Si certaines sont encore confidentielles, la dirigeante évoque notamment la compatibilité avec davantage de papiers et des optimisations mécaniques. Mais l’un des chantiers les plus ambitieux tient dans une plateforme logicielle connectant auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs. Elle inclura le dépôt des ouvrages par les éditeurs, une mise à disposition sur l’ensemble du réseau de librairies équipées, un système de précommande géolocalisée des livres, etc. Et du côté de l’impression, Riso se tient prêt à accompagner tout nouveau besoin.

    Les idées ne manquent donc pas pour développer l’attractivité de l’Instant Book, sans toutefois dénaturer l’esprit initial du projet. « Rendre le livre accessible à tous, au plus près des lecteurs, lutter contre la surproduction et supprimer les transports inutiles », résume Stéphanie Roser. Cette révolution, encore silencieuse, pourrait bien changer la façon dont on pense l’économie du livre. Le futur de l’édition sera local, décarboné et… automatisé, ou ne sera pas.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).