MHP Technology, la tension maîtrisée
Pionnière depuis les années 1990, MHP Technology a construit son savoir-faire en automatisant d’abord son propre atelier familial de toiles d’artistes. De la machine de tension aux solutions hybrides en passant par la micro-automatisation, l’entreprise allemande devenue actrice du monde industriel a fait de la compréhension fine des besoins des ateliers son moteur d’innovation.
Installée en Allemagne et historiquement dirigée par la famille Montag, MHP Technology n’a pas débuté comme fabricant de machines, mais comme producteur de toiles d’artistes. L’entreprise commence à automatiser ses propres ateliers dès les années 1990, avant que l’impression numérique ne transforme le marché. À l’époque, aucune machine automatique de tension de toile n’existait. Le fondateur de MHP, ingénieur de formation, cherche alors à soulager un métier extrêmement physique. Tendre manuellement une toile exige un poignet solide, de la précision et une forte répétitivité. « Un opérateur très expérimenté réalise environ 150 cadres par jour, rarement plus », contextualise Georgette Sawan, EVP Business development de MHP. L’entreprise met finalement au point une première machine automatisée, capable de produire 250 cadres à l’heure – une véritable innovation de rupture.
PARLER LA MÊME LANGUE QUE SES CLIENTS
Dans les années 2000 et 2010, l’explosion de l’impression numérique et de l’e-commerce bouleverse la donne. Les toiles décoratives imprimées remplacent les tirages photo encadrés et les fournisseurs doivent composer avec une nouvelle et très forte variabilité des formats – près de 200 dans le monde de l’art -, des productions à la demande plutôt que sur stock et des besoins accrus de vitesse et de fiabilité, dans un secteur de plus en plus influencé par Amazon et la livraison rapide.
MHP y voit une opportunité. Il faut dire que contrairement à d’autres fabricants, l’entreprise développe d’abord ses innovations pour elle-même, puis les commercialise. « Nous sommes notre propre client », résume Emil Montag, vice-président de MHP. La société réalise encore aujourd’hui une vaste production de toiles d’artistes et de toiles imprimées, ce qui lui permet de ressentir directement les contraintes de la main-d’œuvre, des volumes, des pics saisonniers et de la pression sur les coûts.
Cette intégration verticale permet à MHP d’identifier les besoins réels et problématiques des ateliers. Les dirigeants évoquent notamment les temps de changement de format, la compatibilité avec toutes les hauteurs de châssis, la fiabilité de l’agrafage haute cadence, ou encore la simplicité de maintenance. L’entreprise ajuste ses machines en conséquence, afin de gagner en pertinence et en performance. Cette philosophie s’inscrit dans le mantra interne de MHP, « Vitesse, flexibilité, efficacité. »

DE L’AUTOMATISATION TOTALE À LA MICRO-AUTOMATISATION
Au fil des années, à travers les échanges avec ses clients, MHP observe que l’automatisation totale n’est plus systématiquement la solution optimale. Les lignes entièrement automatisées restent pertinentes pour les très hauts volumes – jusqu’à 30 000 toiles/jour -, mais elles impliquent une forte dépendance à la disponibilité technique, un coût d’investissement élevé et une inflexibilité lors des changements de formats. Les systèmes semi-automatiques ST, SF et SFX de MHP sont ainsi devenus les machines phares du catalogue de l’entreprise. Cette approche hybride, incluant automatisation et intervention humaine, répond à la réalité du moment.
MHP constate aussi une demande croissante émanant des petits ateliers et des marchés où les coûts de main-d’œuvre restent plus bas, dans le Sud de l’Europe notamment. Pour eux, les équipements industriels dépassent les besoins et les budgets. MHP s’est adapté avec les solutions Easy Stretchet Stretch Basic, deux solutions abordables 100 % pneumatiques et sans motorisation, mais tout de même capables de booster la productivité par rapport au manuel pur et dur. Ces machines comblent un vide entre l’artisanal et l’industriel, en faisant une automatisation pragmatique, qui permet de passer un cap sans investir massivement.
Au-delà des toiles, la société berlinoise a récemment identifié d’autres zones où les ateliers perdent encore du temps. Processus souvent négligé, pourtant chronophage car manuel, l’enroulement d’affiches est désormais pris en charge par un petit système automatique, présenté par MHP il y a quelques mois lors d’un salon aux Etats-Unis et salué par les visiteurs comme étant « une micro-innovation simple et astucieuse », selon Georgette Sawan. Cette logique montre toute la maturité industrielle de MHP, qui souhaite automatiser chaque maillon, même les moins spectaculaires, mais qui impactent la productivité cumulée.
LA FRANCE, UN NOUVEAU TERRITOIRE
À l’approche du salon C!Print 2026, MHP confirme son intention de développer sa présence en France. Si le marché est moins développé qu’en Allemagne ou aux États-Unis, pays dans lesquels l’entreprise est déjà bien implantée, la direction y voit cependant un potentiel considérable. « Cette première participation de MHP à C!Print vise autant à présenter nos machines qu’à prendre la température du marchélocal et rencontrer des imprimeurs, ateliers et acteurs du e-commerce », affirme Georgette Sawan.
Si MHP parle productivité, cadence et retour sur investissement, elle n’oublie jamais sa raison d’être : produire de l’art ou, du moins, des supports invitant à la création artistique. Dans une industrie de la communication visuelle où l’émotion et l’esthétique comptent autant que la technique, l’entreprise allemande propose une vision de l’automatisation respectant l’essence du produit final. Une automatisation qui ne remplace pas le geste artistique, mais qui le rend reproductible, fiable et économiquement viable.