FAPEC, 60 ans d’ingéniosité au service du commerce physique
Alors qu’elle vient de souffler ses 60 bougies, l’entreprise de l’Eure-et-Loir FAPEC revendique plus que jamais son ancrage industriel français, sa maîtrise technique et son attachement au commerce physique. C’est ce que nous dit en substance Frédéric Heimendinger, président de FAPEC et héritier d’une saga familiale ayant donné naissance à l’un des acteurs majeurs de la PLV et de l’agencement de notre pays.

FAPEC a fêté ses 60 ans. Quel regard portez-vous sur le parcours de l’entreprise ?
C’est avant tout une histoire familiale. L’entreprise a été fondée par mon père, il y a en effet soixante ans. À l’époque, nous faisions uniquement des présentoirs en fil d’acier. Puis le tube métallique est arrivé, avant que nous commencions à travailler le bois dans les années 1980. C’est à ce moment-là que nous avons réalisé nos premiers concepts de magasins multi-matériaux, pour des enseignes comme Pingouin, Lacoste ou Célio. Cela marquait le début de l’agencement moderne. Depuis, nous avons toujours conservé cette double spécialisation : la PLV permanente et le mobilier de magasin. Nous ne faisons pas d’éphémère, pas de carton jetable. Nous restons concentrés sur le durable et la qualité.
Vous êtes à la tête de FAPEC depuis 2014. Quelle est votre plus grande fierté en tant que dirigeant ?
Sans doute la confiance que nous accordent les plus grandes marques françaises et européennes. Nous travaillons pour elles depuis des années, souvent sur des programmes à long terme. Dans ce métier, la fiabilité est essentielle : si le mobilier n’est pas livré à temps, c’est toute la campagne de communication qui s’effondre. Quand une marque dépense des millions en publicité, en affichage ou en marketing digital, tout cela n’a de sens que si le mobilier est en place au moment du lancement. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne, mais aussi le plus stratégique.
L’innovation fait partie de votre ADN depuis le départ…
Oui, c’est une constante. Nous avons toujours cherché à intégrer une usine à la pointe de la technologie. FAPEC a ainsi été l’une des premières entreprises en France à se doter de robots de soudure identiques à ceux utilisés dans l’automobile. Aujourd’hui, nous travaillons avec des robots de pliage et de soudure laser qui permettent de fusionner la matière sans apport, pour un rendu parfaitement lisse, et sans reprise manuelle.
Cela nous offre une grande précision, mais aussi une meilleure qualité de vie au travail. Soulever des tôles de 25 ou 30 kilos toute la journée, les plier, les tourner, c’est un métier très pénible. L’automatisation a permis de réduire ces efforts tout en maintenant les emplois. L’usine compte aujourd’hui 160 personnes. Il existe encore beaucoup de métiers où l’humain reste irremplaçable, notamment dans le travail du bois ou la finition.
Comment fonctionne votre outil industriel aujourd’hui ?
Tout est intégré sur le même site, non loin de Chartres : le bureau d’études, la menuiserie, la métallurgie, la peinture (époxy et liquide), l’impression numérique, la scénographie et même le câblage électrique. Sans parler de toute la partie montage et emballage. Cette chaîne complète nous permet de produire des meubles complètement finis, câblés, testés et emballés avant expédition. Au total, nous disposons de 40 000 m², dont 30 000 m² de production et 10 000 m² de stockage. Il s’agit d’une véritable ruche de métiers complémentaires, du prototypage jusqu’à la logistique.
Vous intégrez par ailleurs un ESAT sur votre site ?
Oui, une quinzaine de personnes en situation de handicap collaborent avec nous. Elles travaillent dans nos ateliers, à la menuiserie, à la tôlerie ou à la finition, encadrées par un éducateur. Ces collaborateurs participent pleinement à la vie de l’usine. Ils sont très investis, et fiers de ce qu’ils accomplissent. Pour nous, c’est une richesse humaine et sociale.



Comment expliquez-vous que FAPEC ait su rester compétitive en produisant en France ?
Nous avons fait le choix de l’automatisation et de la modernisation permanente. Sans cela, il serait impossible d’offrir des prix compétitifs avec le niveau de coût de la main-d’œuvre en France. Mais produire sur le territoire national, c’est aussi une question de proximité et de confiance. Les marques veulent pouvoir visiter l’usine, travailler avec le bureau d’études, suivre les prototypes, vérifier la qualité, etc. Elles veulent savoir où elles mettent leur argent et avec qui elles travaillent. Et c’est aussi une démarche RSE : emploi local, respect des normes sociales, recyclage, inclusion… tout cela compte beaucoup dans les cahiers des charges.
La fidélité des clients est-elle un enjeu majeur pour vous ?
Absolument. Un concept de magasin, c’est un partenariat d’une dizaine d’années. Pendant toute cette période, il faut assurer la maintenance et garantir la disponibilité des pièces. C’est pourquoi nous ne travaillons qu’avec les grandes marques européennes de quincaillerie et de matériaux, pour être sûrs de pouvoir remplacer une pièce identique dix ans plus tard. La fiabilité industrielle, c’est aussi ça : une coulisse, une charnière ou un panneau de bois doivent rester disponibles, sinon c’est tout un concept qu’il faut repenser.
Quelles sont aujourd’hui les grandes tendances que vous observez dans les demandes de vos clients ?
Les enseignes cherchent la proximité, la réactivité et la durabilité. Elles veulent fabriquer en France ou pas très loin, pour pouvoir venir sur place, échanger, ajuster. Elles sont de plus en plus attentives aux aspects RSE, qu’il s’agisse de recyclage, de conditions de travail, d’intégration sociale, ou de traçabilité des matériaux. Et elles veulent s’assurer de la solidité financière de leurs fournisseurs, car quand on confie un concept à une entreprise pour dix ans, on ne peut pas se tromper.
Quel avenir anticipez-vous pour le commerce physique ?
Je crois profondément qu’il va se réinventer. Le magasin est un lieu de lien social, d’expérience, d’émotion. On parle beaucoup d’Amazon ou de Shein, mais les gens ont besoin de sortir, de toucher, d’essayer. Regardez par exemple les cafés à jeux de société qui fleurissent à Paris et ailleurs : ils sont remplis de trentenaires, voire des plus jeunes. Cela montre que les gens recherchent le contact et le partage. Le commerce physique, c’est la même chose : il faut proposer une expérience, un lieu où il se passe quelque chose.
Cela influe sur la manière de concevoir les espaces de vente…
Oui, complètement. Les clients veulent du renouvellement, de la surprise, de l’agrément. Il faut trouver un juste équilibre : ne pas tomber dans le tout minimaliste, mais éviter aussi la démesure. Certains flagships à Londres ou à New York sont impressionnants, ils ressemblent presque à des musées. Ce n’est pas notre modèle, mais cela montre à quel point la scénographie et le mobilier jouent un rôle clé dans l’expérience.
Aujourd’hui, on parle beaucoup de matériaux biosourcés, de bois recyclé, ou de résines issues du monde naturel. C’est souvent encore un peu cher, mais pour des meubles événementiels ou les zones d’entrée de certains magasins, cela a du sens. L’important, c’est que le point de vente reste vivant, séduisant et agréable.
Quels sont les axes de développement pour FAPEC dans les années à venir ?
Nous souhaitons continuer à investir dans l’outil industriel, à explorer de nouveaux secteurs et à accompagner nos clients dans la durée. Notre ambition est claire : rester parmi les entreprises les plus modernes de la profession, sans jamais perdre notre exigence de qualité ni notre ancrage humain. Et surtout, je souhaite contribuer à la revitalisation du commerce physique. Parce que c’est pour lui que nous travaillons sans relâche depuis soixante ans !

