Papier : l’organisation professionnelle COPACEL alerte sur la fragilité du secteur en France
Alors que les matériaux fibreux s’imposent comme une alternative crédible au plastique dans de nombreux usages, l’industrie papetière française traverse une zone de turbulence majeure. Dans un communiqué publié le 9 avril, la COPACEL tire la sonnette d’alarme. La filière fait face à une accélération des fermetures de sites et à une fragilisation structurelle qui interroge directement les ambitions de réindustrialisation française.
Depuis le 1er janvier 2024, sept papeteries sur 81 ont cessé leur activité en France. Un chiffre loin d’être anecdotique pour une industrie historiquement ancrée dans les territoires. Ces fermetures entraînent des impacts lourds : emploi, tissu industriel local, création de valeur et souveraineté économique sont directement affectés. Au-delà de ces arrêts définitifs, plusieurs acteurs sont aujourd’hui en difficulté et les redressements judiciaires, procédures de conciliation et fragilités financières se multiplient. La filière entre ainsi dans une phase critique où le risque systémique ne peut plus être ignoré, selon la COPACEL, l’organisation professionnelle qui représente les entreprises du papier, du carton et de la pâte de cellulose en France.
Demande bien présente
Contrairement à une lecture rapide, cette crise ne s’explique pas par une disparition de la demande. Au contraire, les papiers et cartons restent au cœur des transformations industrielles contemporaines. Portés par la transition écologique, ils bénéficient d’atouts structurants : une matière première renouvelable (le bois), un taux de recyclage élevé (autour de 87 %) et une capacité croissante à remplacer certains usages plastiques. Les investissements en R&D permettent d’ailleurs d’élargir les fonctionnalités des matériaux fibreux, notamment dans l’emballage. Le segment de l’hygiène affiche même une croissance significative (+7,5 % en 2025), illustrant le potentiel de certains marchés. Le constat est donc clair : la crise est avant tout une crise de compétitivité, pas de débouchés.
Plusieurs facteurs structurels expliquent cette perte de compétitivité. D’abord, la concurrence internationale s’intensifie. Des surcapacités de production, notamment en Asie, alimentent des flux d’importations à bas prix vers l’Europe. À cela s’ajoute un effet indirect des politiques commerciales américaines, qui redirigent certains volumes vers le marché européen. Ensuite, les coûts de production pèsent lourdement sur les industriels français, entre énergie, matière première, fiscalité de production et taux d’utilisation des capacités insuffisant. Résultat, malgré une production globalement stable (environ 6,5 millions de tonnes en 2025), le chiffre d’affaires du secteur recule sous l’effet combiné de la baisse des prix de vente et de la hausse des coûts.
Au-delà du papier
Le signal d’alerte ne concerne pas uniquement les producteurs de papier. L’ensemble de la chaîne de valeur est désormais impacté, y compris le carton ondulé, pourtant historiquement résilient. La fermeture récente d’un site dans ce segment constitue un tournant symbolique. La fragilisation gagne désormais les marchés de l’emballage, pourtant portés par le e-commerce et la substitution au plastique. Cette extension du risque souligne un point clé, c’est l’ensemble de l’écosystème fibre qui est concerné, du bois jusqu’au packaging.
Face à cette situation, la COPACEL formule plusieurs recommandations structurantes : renforcer les instruments de défense commerciale européens, alléger la fiscalité de production, valoriser l’avantage compétitif de l’électricité nucléaire, orienter la politique forestière vers une logique économique, simplifier le cadre réglementaire et adapter les exigences environnementales aux capacités d’investissement des industriels.
L’enjeu dépasse le seul secteur papetier, car il existe une contradiction croissante entre d’un côté, une volonté politique forte de relocalisation et de transition écologique, et de l’autre, une érosion continue des capacités industrielles nationales. Dans ce contexte, la filière papier-carton apparaît comme un cas d’école. À la croisée de la bioéconomie, de l’économie circulaire et des enjeux de souveraineté, elle pourrait être un pilier de la réindustrialisation française… à condition que les conditions de compétitivité soient réunies.