Au Louvre, Studio 5•5 transforme la librairie-boutique en prolongement du musée
Au Louvre, la librairie-boutique n’est plus un simple espace de passage entre le musée et le Carrousel. Avec sa requalification signée Studio 5•5, le lieu devient une véritable extension de l’expérience muséale. En misant sur la sobriété, le réemploi et une scénographie structurée par le noir, le projet redonne lisibilité, cohérence et identité à un espace stratégique du musée parisien.
Entre le musée du Louvre et le Carrousel, la librairie-boutique occupait jusqu’ici une position ambiguë : ni totalement espace culturel, ni véritable extension de l’expérience muséale. Dense, fragmentée, encombrée visuellement, elle peinait à affirmer son identité au sein de l’un des lieux les plus fréquentés au monde. Avec sa requalification menée pour le Louvre et le Grand Palais Réunion des Musées Nationaux, le studio de design et d’architecture Studio 5•5 entendait changer cette perception. L’ambition est claire, faire de la librairie-boutique « la dernière pièce du musée ».
Clarifier l’espace
Plutôt que de partir d’un geste spectaculaire, le projet s’appuie sur une logique de soustraction. Première intervention : retirer. Les structures existantes qui encombraient les perspectives disparaissent, les garde-corps opaques sont remplacés par des dispositifs transparents et la passerelle est redimensionnée afin de redonner de l’ampleur au volume intérieur. Cette stratégie vise à retrouver une lecture plus claire de l’espace et à révéler les différents niveaux. L’étage supérieur, auparavant peu visible, retrouve ainsi une place centrale dans le parcours, accueillant notamment moulages, chalcographie et librairie.
Au cœur du projet apparaît un élément structurant unique : un « cadre-parenthèse ». Déployé sur toute la hauteur du lieu, il devient à la fois support architectural et dispositif scénographique. Décliné sur les vitrines, le mobilier et les éléments de présentation, il organise les circulations et met en scène les contenus sans les écraser.
S’aligner avec l’architecture
Le projet revendique également un dialogue étroit avec l’architecture originelle conçue par Ieoh Ming Pei. Les lignes de force existantes sont prolongées, tandis que le mobilier est implanté selon des diagonales qui renforcent les perspectives et la cohérence spatiale. Le noir constitue l’autre signature forte de cette transformation. Loin d’un simple choix esthétique, il agit comme un outil de mise en valeur. Appliqué aux éléments dits neutres, il crée un effet de retrait visuel qui laisse les œuvres, objets et publications prendre le premier plan. Le noir devient ici autant une structure qu’un langage identitaire, renforçant la présence du Louvre dans un espace qui semblait jusqu’ici en manquer.
Faire avec l’existant
Cette intervention s’inscrit enfin dans une logique de réemploi et de sobriété constructive. Mobilier conservé puis restauré, bois réactivé, luminaires transformés ou réadaptés : le projet privilégie la continuité plutôt que le remplacement systématique. Une approche qui traduit une évolution des pratiques de conception, où faire avec l’existant devient un levier de création autant qu’un enjeu environnemental. Livrée en 2026 après une phase de conception engagée entre 2024 et 2025, cette requalification représente un investissement de 2,8 millions d’euros. Plus qu’une rénovation commerciale, elle propose une redéfinition de l’expérience du visiteur : prolonger le musée au-delà des salles d’exposition, jusque dans ses espaces de transition.



