Abonnement

The Point Newsletter

    Sed ut perspiciatis unde omnis iste natus error.

    Follow Point

    Commencez à taper votre recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour rechercher. Appuyez sur Échap pour annuler.

    Former autrement : l’exemple de l’Institut des Sourds de la Malgrange

    Certaines organisations tracent des voies singulières. C’est le cas de l’Institut des Sourds de la Malgrange, dans la région Grand Est, qui développe depuis de nombreuses années une offre de formation graphique spécifiquement pensée pour des publics en situation de handicap auditif ou présentant des troubles du langage. Une vingtaine d’élèves suivent ce cursus professionnalisant chaque année.

    Au sein de son lycée professionnel établi à Jarville-la-Malgrange (Meurthe-et-Moselle), l’Institut des Sourds de la Malgrange propose une filière dédiée aux métiers graphiques, accessible dès le CAP et poursuivable jusqu’au Brevet des Métiers d’Art (BMA). Un cursus en vigueur depuis une vingtaine d’années, essentiel, car peu d’établissements proposent des formations en intra en France. « On accueille plusieurs jeunes venant de très loin », reconnaît Hélène Doyen, responsable pédagogique du lycée, qui compte près de 20 apprenants dans sa filière graphique, en faisant « une formation plutôt demandée. »

    Le CAP Signalétique et Décors Graphiques forme en deux ans des opérateurs capables de concevoir et réaliser des supports visuels à vocation informative ou publicitaire (enseignes, vitrines, marquages sur véhicules ou panneaux, etc.). Les élèves apprennent à traduire un besoin client en croquis ou maquette, puis à le concrétiser à l’aide d’outils traditionnels et numériques.

    En continuité du CAP, si les jeunes le souhaitent, le BMA Graphiste en lettres et décors approfondit la maîtrise des techniques graphiques et artistiques. Il intègre notamment l’apprentissage de l’infographie (DAO, PAO, retouche d’image), l’étude des styles et de l’histoire du décor, ainsi qu’une approche plus globale de la chaîne graphique et de la gestion de projet.

    Culture artisanale et outils numériques

    L’une des spécificités de ces formations réside dans leur positionnement hybride. Les élèves évoluent à la fois dans une culture artisanale (travail du lettrage, peinture, manipulation des supports) et dans un environnement technologique intégrant des logiciels professionnels et des machines de production. Les ateliers pédagogiques reproduisent les conditions réelles de production, incluant la diversité des matériaux (bois, métal, plastique), l’utilisation d’équipements spécialisés et des mises en situation sur des projets concrets. Cette approche favorise une compréhension globale du métier, du brief client à la réalisation finale.

    Au-delà des compétences techniques, la singularité de l’Institut repose évidemment sur son modèle inclusif. Les formations s’adressent à des jeunes présentant une déficience auditive ou des troubles spécifiques du langage, avec un accompagnement pédagogique, éducatif et thérapeutique coordonné. Les classes à effectifs réduits, l’usage de la langue des signes française (LSF) et les dispositifs d’accompagnement individualisé permettent de sécuriser les parcours et de renforcer l’accès au monde professionnel. Cette approche favorise également le développement de compétences transversales essentielles dans les industries graphiques, à l’image de la communication, la rigueur, l’autonomie et le sens du projet. Sans parler d’un atout intrinsèque. « La culture sourde est par essence très visuelle, donc ces jeunes possèdent un goût pour l’esthétique et un sens de l’imagination exacerbés », note Hélène Doyen.

    Ancrage dans le monde professionnel

    L’Institut s’appuie sur un réseau de plus de 150 entreprises partenaires pour organiser des périodes de stage, représentant jusqu’à 15 semaines sur un cycle de formation. Ces immersions permettent aux apprenants de confronter leurs acquis aux exigences du terrain et de développer leur employabilité au sein d’ateliers de signalétique, d’imprimeries ou d’agences de communication. Même si les parcours des élèves ne sont pas toujours rectilignes. « Nos élèves ne cherchent pas forcément toujours à être embauchés dans la formation qu’ils ont choisie, explique Hélène Doyen. Certains, parfois, décident de faire une pause, d’autres décident de partir sur complètement autre chose. Il n’y a pas de vérité absolue et les choses changent selon les années, notamment en fonction du marché du travail. »

    Une chose est sûre, dans un contexte où les métiers graphiques évoluent vers davantage de polyvalence, les formations proposées par l’Institut des Sourds de la Malgrange proposent une réponse concrète aux besoins du secteur. Elles démontrent qu’une pédagogie adaptée peut non seulement lever les freins liés au handicap, mais aussi produire des profils opérationnels, capables d’intégrer des environnements professionnels exigeants. Plus largement, cet exemple souligne le rôle que peuvent jouer les établissements spécialisés dans le renouvellement des talents au sein des industries graphiques, en ouvrant ces métiers à des publics encore trop peu représentés.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).