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    Lyes Djeraoune (Kongsberg) : « L’automatisation est le sujet principal de discussion avec nos clients »

    Pour Lyes Djeraoune, international business developer manager France et Europe chez Kongsberg, l’enjeu dans la découpe n’est pas de remplacer l’humain, mais de bâtir des systèmes modulaires, durables et capables d’accompagner l’évolution des besoins. Une transformation profonde du travail en atelier.

    Le monde de l’impression connaît de profondes mutations : la demande baisse, les exigences augmentent et les délais de livraison se raccourcissent. Pour rester productif dans ce contexte, la meilleure solution est d’automatiser la production, de l’impression jusqu’à la découpe. Mais cela doit être fait intelligemment. L’idée n’est pas de remplacer le personnel, mais de l’employer sur des tâches plus qualitatives, ou à forte valeur ajoutée, en mobilisant les connaissances et compétences de chaque collaborateur.

    Dans la découpe, il existe principalement deux types d’automatisation, qui correspondent à différents leviers. Le premier repose sur un système de Feeder/Stacker, permettant de travailler de palette à palette, avec chargement et déchargement automatisés. L’objectif principal est ici de gagner en vitesse de production. Le second mode d’automatisation fait appel à la robotique. Les coûts sont alors plus élevés et l’infrastructure plus lourde. Ce système vise davantage une production continue, de jour comme de nuit.

    La question centrale que les entreprises doivent se poser avant d’automatiser est : pourquoi souhaitent-ils emprunter cette voie ? Quels en sont les avantages ? Quel sera le gain ? Quel coût cela représente-t-il ? Comment amortir cette solution ? L’automatisation est aujourd’hui un sujet majeur. Nous recevons beaucoup de demandes, car elle est devenue un enjeu stratégique pour nos clients.

    Effectivement, ce n’est pas nouveau, d’autant que la pénurie de main-d’œuvre existe depuis des années. Mais la situation se durcit. Avant l’apparition des systèmes automatisés dans l’impression et la découpe, les opérateurs chargeaient et déchargeaient des plaques toute la journée pour des salaires modestes. Nous entendons constamment qu’il est de plus en plus difficile de recruter. Le secteur manque de personnel et peine à attirer les jeunes, qui ne se projettent pas dans l’industrie. Cette tendance dépasse la France et s’étend à l’Europe entière.

    Donc, si les prestataires d’impression et de packaging n’arrivent pas à attirer du personnel plus ou moins qualifié, nous devons, en tant que fabricant, trouver des solutions pour leur permettre de continuer à produire mieux, plus efficacement, et de manière plus économique. L’enjeu environnemental, allant de la consommation énergétique à la durabilité des produits, est aussi un sujet clé. Il faut savoir que les tables de découpe sont des investissements conservés plus longtemps que les imprimantes, et assurent souvent 2 à 3 cycles économiques.

    Il s’agit principalement de PME ou de grands groupes. Notre processus commercial suit des étapes bien définies. La première consiste à vérifier la réelle pertinence du projet pour déterminer s’il existe un vrai besoin d’automatisation. Ensuite, nous identifions les types de fichiers utilisés et les types de matériaux découpés. L’objectif est de proposer un système automatisé polyvalent, adapté à plusieurs supports, afin d’optimiser la rentabilité.

    Nous réalisons également un premier benchmark : le client nous fournit ses fichiers de découpe et les premiers tests sont effectués dans nos ateliers. Puis nous organisons une démonstration sur ses propres fichiers, mais aussi sur son matériel, afin de coller à la réalité de sa production. Nous organisons également des visites chez des clients partenaires, car l’organisation et l’espace sont des critères importants lors de la phase d’investissement. Nos systèmes automatisés sont compacts mais atteignent tout de même 10 mètres de long, d’où l’intérêt de ces visites.

    La découpe est aussi stratégique que l’impression, mais historiquement, et encore aujourd’hui, les dirigeants semblent plus enclins à investir dans des solutions d’impression automatisées que dans des solutions de découpe automatisée. La raison est simple : les évolutions technologiques sont plus fréquentes en impression, notamment en matière de qualité de rendu. Cependant, cet écart s’est réduit, notamment avec notre dernière table, l’Ultimate, dans laquelle de nombreux clients ont investi pour bénéficier de nouvelles avancées technologiques.

    Certaines entreprises investissent dans des solutions d’impression leur permettant d’obtenir de plus grands volumes, mais ne prévoient pas toujours la charge de découpe supplémentaire induite par cette montée en cadence. Concernant la découpe, les dirigeants sont parfois plus dans la réaction, ce qui peut provoquer un temps de latence, mais aujourd’hui l’automatisation reste le sujet principal de discussion avec nos clients. Les investissements s’accélèrent partout en Europe.

    Non. C’est déjà une réalité. C’est le choix de chaque entreprise. Ce qui est certain, c’est qu’avec l’automatisation, le personnel doit être impliqué dans de nouvelles tâches, car du temps de travail est libéré. Les activités des employés deviennent plus qualitatives. Il me semble plus valorisant de s’occuper d’une table de découpe de grande valeur et d’en régler les paramètres plutôt que de poser et retirer des plaques à longueur de journée. Sans parler du gain en termes de bien-être au travail. L’automatisation réduit la pénibilité.

    Cela peut paraître contradictoire, mais l’automatisation permet aussi de dépendre moins des personnes. Si une entreprise a des difficultés de recrutement ou si un opérateur est absent, l’automatisation peut compenser. L’objectif n’est cependant pas de supprimer des emplois, mais de repositionner les opérateurs sur des rôles à forte valeur ajoutée ou nécessitant plus de compétences. Nous ne sommes pas dans l’industrie automobile : les robots ne remplaceront jamais les humains. Nos clients ne veulent d’ailleurs pas s’en passer ! Certaines très petites entreprises souhaitent s’équiper d’un robot parce qu’elles sont situées dans une zone isolée et ont du mal à recruter, mais cela reste anecdotique. Dans les PME, ce problème n’existe pas, bien au contraire.

    Nous travaillons sur le développement de systèmes toujours plus performants en termes d’automatisation, répondant aux besoins des imprimeurs avec des innovations tout en intégrant les enjeux environnementaux. Nos systèmes de demain seront performants, fiables, mais aussi moins énergivores. Et c’est un point essentiel pour nous car nos solutions doivent rester évolutives.

    Lorsque nous vendons une table de découpe, nous vendons un système capable de s’adapter aux attentes du client et aux étapes de la vie de son entreprise. Un client peut acheter une table classique et, quelques mois plus tard, décider de l’automatiser avec un chargeur/déchargeur, un robot, etc. Rien n’est figé : tout est modulaire. Nous voulons que nos solutions évoluent en même temps que les besoins de production de nos clients.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).