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    Joseph Belletante, directeur du musée de l’Imprimerie à Lyon : « Faire du musée un lieu plus accessible, plus ouvert et plus vivant que jamais »

    Alors que le musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique de Lyon entame une phase majeure de travaux, son directeur, Joseph Belletante, revient sur les enjeux d’accessibilité, de transmission et de transformation du lieu. Entre patrimoine Renaissance, cultures graphiques et désacralisation du musée, entretien avec un directeur qui place l’expérience du public au cœur de son projet.

    Il y a deux raisons principales. La première est réglementaire : les lieux culturels doivent aujourd’hui être accessibles à tous les publics, notamment aux personnes à mobilité réduite. Or, le musée de l’Imprimerie faisait partie des rares lieux culturels lyonnais qui ne l’étaient pas, en raison de son architecture Renaissance et de son classement UNESCO. La seconde raison tient à l’évolution du musée lui-même. Ces dernières années, nous avons accueilli de nouveaux publics, développé de nouvelles formes d’expositions et d’ateliers. Sans ascenseur, avec des niveaux complexes, cela devenait compliqué. Il fallait un musée plus accessible, mais aussi plus cohérent avec l’image et les ambitions des projets que nous portons.

    Pas réellement… Le bâtiment est connu pour être difficile d’accès, et nous avons toujours été transparents sur ce point. Nous avions aussi mis en place des dispositifs d’accueil au rez-de-chaussée pour certains publics. Mais le lieu n’avait jamais été pensé de manière globale. Les travaux nous permettent aujourd’hui de remettre les choses à plat. Il faut savoir que le lieu n’avait pas été profondément modifié depuis près de 80 ans, donc il s’agit aussi de le rendre plus lisible, plus accueillant, tout en respectant son caractère patrimonial.

    Nous avons fait le choix de privilégier pleinement l’accessibilité, parfois au détriment de la pure logique architecturale. Le musée relie deux rues – la rue de la Poulaillerie et la rue des Forces – avec près d’1,40 mètre de dénivelé. Cela implique la mise en place de monte-charges, d’ascenseurs, de rampes, pour permettre un parcours fluide à tous. Au-delà de cela, nous créons aussi des espaces qui n’existaient pas auparavant : des lieux de rencontre, d’échange avec les artistes, ou de manipulation. Le tactile est évidemment central dans l’imprimerie. On parle d’odeurs, de machines, de gestes, de papier. Il y a aujourd’hui un retour très fort au manuel : beaucoup de jeunes, des vingtenaires, deviennent éditeurs, papetiers, ou imprimeurs. L’imprimante 3D, par exemple, me semble déjà presque ancienne… Ce qui compte, c’est de ne pas effacer le ressenti, la main, ou le contact. Nous cherchons un équilibre en proposant de la manipulation sans tomber dans un musée totalement immersif ou saturé d’écrans.

    Pour moi, l’accessibilité n’est pas seulement une question de normes ou de circulation. C’est une posture intellectuelle. Dans ce musée, toutes les images se valent : un flyer de soirée vaut autant qu’un incunable. Cette idée est parfois difficile à entendre, mais elle libère le visiteur d’une hiérarchie du savoir. On n’est pas là pour juger, mais pour ressentir, créer et avoir envie de produire ses propres images. Le musée doit être un lieu d’émotions, d’actions et de rencontres. Un enfant de 7 ans doit pouvoir s’y reconnaître autant qu’un spécialiste. Si on ne réussit pas cela, on a raté notre mission.

    Oui, forcément. C’est un sujet passionnant pour un musée de la communication graphique… et en même temps un vrai défi. Nous allons renouveler notre prestataire graphique, ce qui donnera une nouvelle couleur au lieu. Un choix fort devra être fait, en privilégiant la typographie ou l’image. Les deux sont difficiles à faire cohabiter sur une signalétique claire. Nous réfléchissons aussi à une signalétique visible depuis la rue, notamment pour les espaces d’animation du rez-de-chaussée, qui doivent vivre y compris la nuit.

    Oui, complètement. Le musée n’est pas un lieu figé, dominant, où tout serait déjà décidé. Chez nous, il est incomplet tant que le visiteur n’a pas laissé quelque chose.
    L’artiste n’est pas sur un piédestal, il est avec nous. Le public est au centre. Cette approche rejoint aussi l’idée de “prendre soin”, au sens premier du mot “curateur”. Les images sont des énergies, elles participent au bien-être, à la citoyenneté, et même à la santé mentale. Dans le même ordre d’idée, le musée va probablement changer de nom. Plus qu’un changement radical, nous allons opérer une clarification de ce que nous faisons depuis cinq ou six ans. Le nom actuel est très descriptif, mais difficile à saisir de l’extérieur. Nous allons donc probablement nous diriger vers l’intégration de l’idée de « cultures graphiques », sans perdre l’imprimerie de vue.

    Il est essentiel de maintenir le lien avec nos publics. Nous avons choisi des formats ludiques, et parfois complexes, comme l’exposition Miyazaki découpée et présentée dans neuf mairies d’arrondissement à Lyon. Il s’agit d’un vrai travail logistique, mais cela interroge profondément la place du musée dans la ville. L’exposition Annie Ernaux a aussi vécu dans différents lieux lyonnais. Tout est orienté autour de cette question : à quoi sert un musée aujourd’hui, et quelle est la place spécifique de celui-ci ? Et après les travaux, si le calendrier est respecté, nous reviendrons dans le lieu début 2027. Sinon, il faudra imaginer de nouveaux projets hors les murs, et pour cela, les idées ne manquent pas. Ce qui est certain, c’est que le retour constituera un moment fort, préparé avec soin, pour un musée plus accessible, plus ouvert et plus vivant que jamais.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).