
Benny Landa, à jamais le premier
Visionnaire et inventeur prolifique, Benny Landa est largement reconnu comme le « père de l’impression numérique », suite au lancement, en 1993, de la première presse couleur au monde. Depuis, il a revendu Indigo à HP et fondé Landa Digital Printing, entreprise pionnière d’une technologie encore une fois disruptive, l’impression nanographique. A 78 ans, le Canado-israélien reste une figure influente de l’industrie.
Benny Landa pourrait goûter à une retraite bien méritée. A 78 ans, ce n’est pas encore tout à fait le cas, mais ce serait prévu pour cette année. Ou pas… Entre un solennel « Je l’ai promis » déclaré au quotidien israélien Haaretz en juin 2024 et une boutade lancée à un journaliste de Printweek sur la dernière édition de la Drupa annonçant une fête de départ en 2036 pour son quatre-vingt-dixième anniversaire,il est bien difficile de percer à jour ses véritables intentions. Mais une chose est sûre : quand l’infatigable chercheur, fondateur d’Indigo et de Landa Digital Printing, détenteur d’un millier de brevets dans différents domaines, tirera sa révérence, il le fera probablement avec le sentiment du devoir accompli. Car cet homme, tel un Steve Jobs de l’imprimerie ou un Gutenberg des temps modernes, a marqué l’histoire de l’impression numérique.
PASSION PRÉCOCE
Né en 1946 à Wrocław, en Pologne, fils de survivants de la Shoah, Benny Landa émigre avec sa famille à Edmonton, au Canada, dès 1952. Très tôt, le jeune garçon manifeste un intérêt pour la technologie et la mécanique. Il se découvre une passion pour l’impression dans le bureau de tabac de son père, où il aide au fonctionnement d’un petit photomaton qu’Oscar Landa avait fabriqué à partir de matériaux de récupération. Benny était fasciné par la capacité d’imprimer une image directement sur le papier photo, sans passer par un film, et il s’est mis à expérimenter avec des produits chimiques afin d’améliorer la qualité des images.
Après ses études en physique et ingénierie, mais également en psychologie et littérature, puis en cinéma, le Canado-israélien lance sa carrière professionnelle en 1969 chez CAPS, une entreprise de recherche en micrographie, où il joue un rôle clé dans le développement d’un produit innovant, qui débouche sur un contrat juteux avec Rolls-Royce. En 1971, il co-fonde sa première entreprise, Imtec, qui deviendra la plus grande société de micrographie d’Europe. Il y développe des imprimantes thermiques pour la photographie, puis il vend la technologie à des sociétés comme Kodak.
Après s’être installé en Israël, Benny Landa fonde Indigo en 1977, avec l’idée de permettre aux imprimeries de transférer directement les fichiers depuis des ordinateurs vers des imprimantes numériques couleur. Jusqu’alors, l’impression représentait un processus coûteux, nécessitant des machines lourdes, et Indigo marquera un tournant dans l’industrie de l’impression. Pendant les années 1980, l’inventeur et son équipe développent l’électrophotographie liquide, une technique révolutionnaire, qui utilise de l’encre liquide plutôt que des toners. Cette innovation conduit au lancement de la première imprimante numérique couleur en 1993, l’Indigo E-Print 1000.
20 MÈTRES, 32 TONNES
Huit ans plus tard, Hewlett-Packard (HP) acquiert Indigo pour 830 millions de dollars, ce qui permet à M. Landa de concentrer ses efforts sur l’innovation technologique. Il fonde alors le Landa Group, qui planche sur des technologies de pointe (métallisation solaire, pigmentation capillaire, création diamantaire, etc.), puis, en 2012, Landa Digital Printing apparaît. Cette entreprise se base sur la nanographie, une technologie d’impression faisant la synthèse entre offset et jet d’encre, que Benny Landa a développée avec son équipe. Après l’arrivée des machines S10 et S10P en 2016, monstres de près de 20 mètres et 32 tonnes, les modèles S11 et S11P ont été dévoilés l’année dernière par le constructeur israélien. Au total, 60 presses Landa ont été vendues dans le monde, essentiellement auprès d’acteurs de l’emballage. En France, Prenant, MaqPrint et FP Mercure se sont équipés.
S’il a connu une vie professionnelle accomplie, Benny Landa n’a toutefois pas pu réaliser tous ses rêves. L’un d’eux était lié à une caractéristique étrange remarquée à l’époque d’Indigo : les particules de pigment projetées par l’imprimante possédaient une charge électrique. L’entrepreneur y voyait une potentielle mine d’or, mais aussi une possibilité de défier les lois de la physique en générant de l’électricité à partir de chaleur basse température. Mais après 14 ans de recherche, le projet tombe à l’eau, par manque d’efficacité. En revanche, M. Landa découvre à cette occasion les nano-pigments et leurs propriétés optiques étonnantes, et alors qu’il pensait avoir quitté le monde l’impression pour de bon, il y replonge avec la nanographie… L’histoire n’est jamais tout à fait finie pour Benny Landa.