Abonnement

The Point Newsletter

    Sed ut perspiciatis unde omnis iste natus error.

    Follow Point

    Commencez à taper votre recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour rechercher. Appuyez sur Échap pour annuler.

    Durst Group : 90 ans d’innovation, entre héritage et révolution

    Depuis son berceau alpin de Brixen en Italie, du modeste atelier photo monté par deux frères jusqu’aux lignes de production connectées d’aujourd’hui, Durst célèbre en 2026 90 ans d’une trajectoire industrielle guidée par la même boussole : excellence technologique, vision long terme et proximité client. La dernière solution Kyveris dévoilée par l’entreprise, qui promet une production toujours plus intelligente et adaptable, en est un nouvel exemple manifeste.

    Les grandes histoires débutent parfois discrètement. Née en 1936 à Brixen en Italie, au cœur des montagnes du Tyrol du Sud, Durst incarne une trajectoire rare dans les industries graphiques : celle d’une modeste entreprise familiale devenue, en près d’un siècle, un acteur mondial des technologies d’impression et de production numériques. Fondée par les frères Julius et Gilbert Durst comme un atelier photo, l’entreprise a peu à peu bâti sa réputation sur la précision, la qualité et la fiabilité de ses équipements, d’abord dans l’univers analogique, avant de réussir un virage stratégique décisif vers le numérique dans les années 1990.

    Intelligence industrielle

    Aujourd’hui, le groupe italien s’impose comme un fournisseur global de solutions d’impression jet d’encre industrielle, bien au-delà du hardware. Présent dans plus de 40 pays et fort de plus de 1 000 collaborateurs, Durst Group développe un écosystème complet intégrant machines, encres, logiciels et services, au service de secteurs aussi variés que le packaging, le textile, la céramique, ou encore la signalétique.
    Ce positionnement s’appuie sur un investissement soutenu en recherche et développement et sur une stratégie d’innovation continue visant à accompagner la transformation digitale des procédés industriels. L’entreprise revendique ainsi un rôle de partenaire technologique dans l’automatisation des flux de production, avec une montée en puissance des solutions intégrées mêlant software, data et intelligence artificielle.
    Pour ses 90 ans, le groupe dirigé par Christoph Gamper depuis 2013 poursuit sa transformation, accélérant sur les systèmes intelligents – dont le nouveau modèle Kyveris -, l’automatisation et les acquisitions ciblées pour étendre sa maîtrise de la chaîne de valeur. Une évolution qui ne renie pas ses fondamentaux : une culture d’ingénierie exigeante, une vision long terme et une obsession constante pour la valeur client. Autant de piliers qui ont permis à Durst de traverser les ruptures technologiques sans jamais perdre le fil de son identité.


    Le CEO et co-propriétaire de Durst Group, Christoph Gamper, revient sur les fondements qui traversent l’histoire de l’entreprise, sa transformation d’un fabricant de machines en architecte d’écosystèmes intelligents, et sa vision d’une industrie où automatisation, logiciel et expertise humaine redéfinissent les standards de la production imprimée.

    Durst a débuté comme un atelier photo à Brixen. Selon vous, qu’est-ce qui n’a fondamentalement pas changé en 90 ans ?
    Ce qui n’a pas changé, c’est notre état d’esprit : un engagement fort envers la qualité, une vision à long terme et une curiosité technologique constante. Dès le départ, Durst a été animée par l’ambition de résoudre des problématiques concrètes de ses clients grâce à l’excellence en ingénierie. Nous restons une entreprise familiale, ce qui signifie indépendance, continuité et responsabilité envers nos collaborateurs et nos clients. Les technologies ont profondément évolué – de la photographie analogique à l’impression jet d’encre industrielle –, mais notre ADN d’entreprise tournée vers l’innovation est resté intact.

    Comment votre implantation dans les montagnes entre l’Italie et l’Autriche influence-t-elle la trajectoire et la stratégie de Durst ?
    Notre localisation nous a façonnés plus qu’on ne pourrait le penser. Être à la croisée de deux cultures a très tôt favorisé une ouverture naturelle et un esprit international. En parallèle, évoluer dans une région relativement isolée impose d’être compétitif à l’échelle mondiale : on ne peut pas s’appuyer sur la proximité de grands marchés, il faut donc se différencier par la technologie et la qualité. Cela renforce également la cohésion et la fidélité au sein de l’entreprise. Cette combinaison entre ancrage local et vision internationale est un pilier clé de notre stratégie.

    Le passage des produits aux « systèmes intelligents » est désormais au cœur de votre communication. Concrètement, qu’est-ce que cela change pour vos clients ?
    Ce changement transforme en profondeur la manière dont nos clients gèrent leur production. Au lieu d’exploiter des machines indépendantes, ils travaillent de plus en plus avec des systèmes intégrés et pilotés par les données, reliant logiciels, impression, finition et automatisation des flux de production.
    Concrètement, cela se traduit par des niveaux d’automatisation plus élevés et moins d’interventions manuelles, une intégration complète des flux – de la prise de commande au produit fini -, une meilleure prévisibilité et efficacité grâce aux données et à l’analyse, et une capacité de montée en charge sans augmentation proportionnelle de la main-d’œuvre. En résumé, nous passons de la fourniture de machines à la mise en place d’écosystèmes de production.

    Avec votre nouvelle solution Kyveris, vous promettez une production autonome et auto-apprenante. Sommes-nous à l’aube d’une industrie sans opérateurs ?
    Nous nous dirigeons vers une réduction significative de la dépendance aux opérateurs, mais pas vers une industrie totalement sans opérateurs. L’expertise humaine restera essentielle, notamment pour la prise de décision, la gestion des exceptions et l’optimisation des processus.
    Ce qui va évoluer, c’est le rôle de l’opérateur : d’une part, d’un pilotage manuel des machines à une supervision des systèmes, et d’autre part, d’un travail réactif à une optimisation proactive.
    Kyveris vise à rendre la production plus intelligente et adaptable, pas à éliminer totalement l’humain. L’objectif est d’atteindre plus d’efficacité, de cohérence et de flexibilité, tout en recentrant les équipes sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

    Durst investit fortement en R&D, environ 7 % de son chiffre d’affaires. Comment priorisez-vous les innovations ?
    Nos priorités sont fortement guidées par la valeur client et la pertinence stratégique. Nous nous concentrons sur les domaines où nous pouvons créer une différenciation claire et un impact durable. Les principaux critères sont la pertinence pour nos marchés clés et les applications futures, le potentiel d’amélioration de la productivité, de la durabilité ou du coût total de possession, la possibilité d’appliquer l’innovation à différents marchés et gammes de produits, et enfin, la cohérence avec notre évolution vers des solutions connectées, intégrant logiciel, automatisation et machines.
    Nous veillons à trouver un équilibre entre l’amélioration continue de nos plateformes existantes et des innovations plus structurantes, comme l’automatisation et les solutions pilotées par logiciel.

    Vous réalisez des acquisitions ciblées (logiciels, découpe…). Quelle est la logique du groupe derrière ces choix ?
    Nos acquisitions répondent à une logique stratégique claire : étendre nos compétences sur l’ensemble de la chaîne de valeur et accélérer notre transformation en fournisseur de systèmes. Cela inclut le renforcement de notre expertise logicielle et de l’intégration des workflows, l’ajout de technologies complémentaires comme la découpe et la finition, et une maîtrise accrue de l’ensemble du processus de production.
    Plutôt que de tout développer en interne, nous acquérons de manière ciblée des entreprises apportant des compétences spécifiques, de la rapidité d’exécution et un accès marché. L’objectif est toujours de proposer une offre plus complète et intégrée à nos clients.

    Selon vous, quelle sera la clé du succès de Durst dans les années à venir ?
    Notre succès reposera sur trois facteurs principaux. Premièrement, le leadership technologique, notamment dans l’intégration du hardware, du software et de l’automatisation. Deuxièmement, une innovation centrée client, visant à résoudre des problématiques concrètes plutôt que de pousser la technologie pour elle-même. Troisièmement, une agilité organisationnelle, en conservant l’esprit entrepreneurial d’une entreprise familiale tout en opérant à l’échelle mondiale.
    Au final, tout repose sur notre capacité à rester focalisés : comprendre où nous créons le plus de valeur et exécuter avec constance sur le long terme.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).