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    Covering, en avoir ou pas ?

    Qu’elles soient blondes, rousses, brunes, citadines ou rurales, les poseuses ne comptent pas pour des prunes. Longtemps connoté masculin, surtout lorsqu’il a trait à l’automobile, l’art du covering relèverait-il d’un genre ? Des professionnelles sentent encore le poids du leur, à l’heure où, pourtant, de plus en plus d’aspirantes suivent des formations en médiapplication.

    Pratique éminemment visuelle et spectaculaire, le covering connaît une médiatisation croissante en France, entre émissions télévisées dédiées (RMC) et compétitions nationales (C!Wrap lors du salon C!Print), sans compter les influenceurs et influenceuses actifs sur les réseaux sociaux, en particulier dans l’automobile. Hors des frontières hexagonales, le phénomène connaît un engouement plus ancien mais toujours aussi vivace, comme en témoigne le célèbre concours international World Wrap Masters, organisé par l’association professionnelle FESPA. Pour le dire autrement, le covering est à la mode.

    SAVOIR-FAIRE ARTISANAL ET PROFESSIONALISATION

    Chacun sait que les différentes applications du covering (automobiles, utilitaires, motos, camions, objets…) possèdent un vecteur commun : la pose d’adhésif. Dans un monde économique porté par l’innovation, la technicité est la pierre angulaire de cette profession qui nécessite de fréquentes formations face aux constantes évolutions des matériaux. « Si on ne se tient pas à la page, on se retrouve rapidement à côté de la plaque, avertit Audrey Rouquette d’OTK Adhésif à Mauguio (Occitanie), poseuse depuis 8 ans. Il faut sortir de son atelier de temps en temps, essayer des matières, re-questionner les choses, parce que technologiquement, cela évolue vite. »

    Respect des temps de chauffe, des finitions, minutie… Le geste s’avère tout aussi essentiel dans cet art de l’habillage. « Ce métier demande beaucoup de rigueur, de précision et de patience. Cela ne s’improvise pas, explique Benoit Jacquelin, poseur et formateur depuis plus de 30 ans, employé chez ADForme, non loin de Lyon. Le métier d’applicateur adhésif n’est pas compliqué en soi. Ce qui fait la différence, ce sont les niveaux de spécialisation. Être hyper-spécialisé dans son domaine s’acquiert en se formant, en échangeant sur les pratiques, etc. Cela repose sur la technicité du geste de pose, qui permet de faire bien et rapidement. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus exigeants sur les détails et le temps d’exécution. »

    Le début des années 1990 avait vu le métier émerger, avec des sociétés spécialisées dans la pose de film adhésif (décoratif, technique ou de protection) qui lançaient leurs propres formations afin de commercialiser leurs produits. En 2017, FESPA France met en place un module long et structuré, englobant les différentes applications et technicités, et créant par là même un métier, celui de médiapplicateur. A la fin de l’année dernière, la formation est devenue officiellement diplômante. « Cela fait 10 ans que FESPA France collabore avec des centres de formation et des professionnels du métier afin de faire reconnaître cette formation, explique la déléguée générale de l’association française, Marion Ferhat. Elle a enfin été déposée et enregistrée au répertoire national des qualifications professionnelles, le RNCP. » En d’autres termes, dorénavant, les entreprises, ainsi que toute personne souhaitant se former au métier, peuvent bénéficier de financements comme le compte personnel de formation (CPF).

    UN MÉTIER GENRÉ 

    Selon une étude de l’INSEE publiée en 2022, les artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont trois fois plus souvent des hommes que des femmes. Qu’en est-il dans le covering ? Il est bien difficile de le quantifier, car les chiffres officiels restent flous. Néanmoins, sur le terrain, le ressenti sur le besoin de faire sa place, au sein d’un environnement virilisé, s’avère manifeste. « Cela reste un métier où il y a plus d’hommes que de femmes, de l’ordre de deux tiers, un tiers », déplore Audrey Rouquette. La co-dirigeante d’OTK Adhésif, spécialiste du covering automobile, a dû jouer des coudes et se frayer une place dans un milieu où elle a rencontré des réticences de la part de certains pairs : « C’est fou, mais une femme est souvent perçue comme une poseuse de marquages publicitaires ou de projets faciles. » A maintes reprises, elle a senti devoir prouver sa compétence pour gagner en équité. « Beaucoup d’hommes s’autoproclament donneurs de conseils… Mais quand on prouve notre expertise en rentrant dans les performances, ils nous prennent enfin au sérieux. Lorsque l’on me prend de haut, je vais tout de suite sur la technique. » La médiapplicatrice engagée tempère toutefois son discours. « De nombreux clients sont aussi rassurés que ce soit une femme qui s’occupe de leur covering. Ils pensent que le travail sera mieux réalisé et plus minutieux. »

    En 2024, après avoir échangé avec de nombreuses consœurs, françaises mais aussi espagnoles, qui lui ont confié avoir eu des déboires du même ordre, Audrey Rouquette a réalisé un sondage sur le territoire national auprès de médiapplicatrices, pour corroborer ces mauvaises expériences et agir pour les changer. Quelque 22 poseuses, âgées entre 23 et 37 ans, ont répondu. Une cheffe d’entreprise témoigne : « J’ai dû me séparer d’un poseur plutôt désagréable avec moi. Des clients sont partis à la suite de son licenciement, mais d’autres m’ont fait confiance. » Une médiapplicatrice raconte : « Quand je suis accompagnée d’un collègue homme, on m’ignore complètement. » Une autre livre les moqueries auxquelles elle a eu droit : « Elle sait se servir d’un mètre !? » Certains clichés sont décidément tenaces…

    Pour autant, plusieurs sondées soulignent la solidarité de leurs collèguesmasculins. « Tous ceux avec qui j’ai travaillé ont été corrects avec moi, ils m’ont toujours soutenue. » Et une fois le plafond de verre dépassé, 90 % des interviewées disent qu’être une femme représente, finalement, un avantage dans le milieu. Une moitié communique d’ailleurs sur leur travail via les réseaux sociaux. Youtube, Tik Tok, Instagram, ou encore Facebook ont ainsi grandement participé à démocratiser la représentation liée au genre.

    GIRL POWER

    « Le meilleur moyen de prouver aux hommes qu’on est compétente, c’est de leur montrer », affirme Audrey Rouquette. Un constat partagé par Morgane Quetier. Depuis 2019, la très médiatique médiapplicatrice (Les Reines de la Mécanique, ça commence aujourd’hui, reportages sur M6, Brut…) oeuvre dans le covering automobile à Saint-Priest, dans le Rhône. Formée au marketing et à la communication, elle a choisi les réseaux sociaux pour faire bouger les lignes. « Je me suis lancée parce que je n’avais aucune reconnaissance de la part de mes clients. Au départ, nous étions deux associés, je réalisais les prestations, mais c’est lui que l’on remerciait, alors qu’il ne posait pas. »Pour la Lyonnaise, il faut s’attaquer au manque de représentation pour changer les mentalités. Son mot d’ordre : sensibiliser et informer, pour convertir. « Les femmes n’osent pas se lancer, elles se mettent souvent elles-mêmes des barrières. A travers mes vidéos, je veux leur partager de l’espoir et de la détermination. »

    Aujourd’hui, Morgane Quetier a près de 170 000 followers sur Instagram et plus de 600 000 sur TikTok. Majoritairement des hommes au début, ses fans sont aujourd’hui, pour plus de la moitié, des femmes. Ses comptes ont boosté son activité et suscité des vocations. « J’ai reçu beaucoup de messages pour me demander comment devenir poseuse. Je me suis donc lancée dans la formation pour apporter mon aide en leur montrant », explique l’entrepreneure.

    La tendance qui se dessine semble qu’à moyen ou long terme, les courbes pourraient s’inverser concernant la représentation du genre dans le métier. Pour Benoit Jacquelin, « les réseaux sociaux ont un impact indéniable sur la notoriété de ce métier et c’est une bonne chose. » Il poursuit : « En octobre, j’ai animé une session de formation en Suisse avec 80 % de jeunes participantes. » Le car wrapping est notamment sous les feux des projecteurs. « Je vois arriver cette nouvelle génération, hommes ou femmes, amoureux de la bagnole. Et au-delà de la voiture, c’est le côté luxe qui plaît : travailler sur des Ferrari, des Lamborghini… »

    Dernier bastion à abattre : les clichés liés à l’endurance, la pénibilité et autres problématiques supposément mieux gérées par un homme, qui finiront sans doute par voler en éclats lorsque la parité sera tangible. En attendant, comme le dit l’adage : « les petits ruisseaux font les grandes rivières. » Dès lors, qui sait ce que nous réserve l’édition 2026 du concours C!Wrap : une première victoire de l’équipe féminine ?


    Une équipe 100 % féminine au C!Wrap 2026

    Depuis 6 ans, le concours C!Wrap s’est imposé dans le paysage national des professionnels de la communication visuelle. L’évènement est animé et coordonné par Benoit Jacquelin, de la société ADForme, en collaboration avec les équipes d’Infopro Digital Trade Shows. Durant les 3 jours du salon C!Print à Lyon et devant des milliers de visiteurs, 6 équipes de 6 poseuses et poseurs aguerris s’affrontent en devant réaliser un sol, un mur, du mobilier, un objet et un véhicule en l’espace de 5h30. Une équipe féminine, dont Audrey Rouquette d’OTK Adhésif est membre, participe au challenge. La prochaine édition est prévue du 3 au 5 février 2026.