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    Lionel Chagas, directeur des études de Grenoble INP – Pagora : « Beaucoup de nos étudiants s’intéressent à l’impact écologique des matériaux »

    École spécialisée dans les industries graphiques, le papier et les matériaux biosourcés, Grenoble INP – Pagora forme des ingénieurs en trois ans, avec des promotions d’environ 60 étudiants. La première année est un tronc commun orienté sciences de l’ingénieur, puis les étudiants se spécialisent progressivement, en impression ou fabrication du papier. Enseignant-chercheur et directeur des études à Grenoble INP – Pagora, Lionel Chagas intervient sur des sujets comme la gestion de la couleur et les systèmes de sécurité imprimés. Il dresse aussi un état des lieux sans détour entre la prise de pouvoir supposée du digital face au papier et les opportunités ouvertes par les matériaux biosourcés et le packaging.

    Il faut reconnaître que le papier est parfois considéré comme dépassé face au numérique. Cela limite de fait l’attractivité d’une école comme la nôtre. Mais cette vision n’est pas généralisée, car de nombreux jeunes restent sensibles aux qualités sensorielles du papier et à son potentiel de communication. Et ce qui change surtout ces dernières années, c’est la prise de conscience environnementale. Beaucoup de nos étudiants s’intéressent à l’impact écologique des matériaux. Et dans ce contexte, le papier et le carton apparaissent comme des alternatives crédibles au plastique, par exemple.

    Par ailleurs, l’impact environnemental du numérique, et notamment de l’intelligence artificielle, commence à être analysé plus précisément. Lorsque nous présentons à nos étudiants des analyses comparatives sur les bilans carbone ou les émissions de gaz à effet de serre entre supports numériques et imprimés, ils sont souvent surpris. Cela contribue à rééquilibrer leur perception.

    Absolument. Nous avons élargi notre approche au-delà du papier pour intégrer les matériaux biosourcés au sens large. Cela inclut notamment les emballages à base de cellulose ou de composites destinés à remplacer le plastique. Le papier seul présente certaines limites, comme par exemple en termes de barrières à l’eau ou à l’oxygène, donc le développement de matériaux hybrides a beaucoup de sens. Nous travaillons aussi sur des sujets comme les encres végétales ou l’électronique imprimée, qui permet de créer des capteurs via des procédés d’impression.

    On conserve nos fondamentaux, mais nous enrichissons les contenus. Nous avons par exemple développé des parcours de master internationaux, notamment en bioraffinerie et matériaux biosourcés, ainsi qu’un autre dédié à l’électronique imprimée. Nous accueillons des étudiants du monde entier, ce qui renforce notre ambition d’être une référence internationale sur ces thématiques. Ces évolutions sont structurantes pour notre école, au point que nous réfléchissons à faire évoluer notre positionnement et le nom de l’établissement afin de mieux refléter cette réalité.

    Elles sont centrales. Nos étudiants réalisent plusieurs stages tout au long de leur cursus, jusqu’au projet de fin d’études de six mois. Nous organisons également des visites d’entreprises, des voyages d’études, ainsi qu’un forum annuel qui réunit une quarantaine d’entreprises. Au global, nous entretenons des relations avec plus de 200 partenaires, dont de grands groupes issus du papier, du carton, du packaging ou encore des marques et industriels impliqués dans les matériaux. Ces liens permettent d’adapter nos formations aux besoins du marché et de faciliter l’insertion professionnelle.

    Le packaging est clairement devenu le secteur le plus moteur. C’est là que se concentrent la majorité des offres d’emploi, en particulier dans le carton et l’emballage. Et cela devrait se confirmer dans les années à venir, car c’est un secteur solide, avec une forte demande et de nombreux projets.

    Les secteurs plus traditionnels, comme l’imprimerie de labeur, sont en recul, même s’ils existent toujours. Le labeur est plus fragile et en mutation, avec des acteurs qui tentent de se repositionner pour maintenir leur activité. En parallèle, de nouveaux domaines émergent, comme les fabricants de matériaux biosourcés, la bioraffinerie, ou encore l’électronique imprimée. Cette dernière devrait continuer à se développer, même si cela prend plus de temps que prévu. Ces domaines représentent encore une part minoritaire des débouchés professionnels, mais leur croissance est bien réelle.

    Oui, mais cela prend du temps. Nous sommes actuellement dans une phase de transition. Les entreprises explorent encore l’intégration de nouvelles technologies, en particulier l’IA, et elles redéfinissent leurs besoins sur cette base. Aujourd’hui, 50 à 60 % des offres d’emploi que nous identifions concernent des postes en production, tandis que 20 à 25 % relèvent de la R&D. Cette part liée à l’innovation est d’ailleurs amenée à augmenter avec le développement de nouveaux matériaux et procédés.

    Notre école offre une formation de haut niveau, mais à mon avis, le niveau de formation ne représente pas l’unique déterminant de la performance. Le point qui fait vraiment la différence, c’est la motivation au travail. Des jeunes avec peu de bagage académique et qui sont très engagés dans ce qu’ils produisent sont capables de choses extraordinaires. Et si on cumule formation solide et motivation, c’est formidable. On essaie d’insuffler cet esprit au quotidien auprès de nos étudiants.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).