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    Chloé Falaize, co-dirigeante de RESOsign : « Le besoin de médiapplicateurs est devenu beaucoup plus visible »

    À l’occasion des 20 ans de RESOsign, Chloé Falaize, co-dirigeante de l’entreprise depuis 2023, revient sur l’évolution du métier de médiapplicateur, la transformation de l’entreprise familiale et les prochaines étapes de son développement. Entre transmission, digitalisation, RSE et structuration d’un réseau de plus de 650 professionnels, elle défend un modèle fondé avant tout sur l’humain.

    Je porte un regard admiratif sur le travail réalisé par mon père. Je trouve que notre modèle économique s’est révélé particulièrement adapté à tout ce que le secteur et la société ont traversé. Nous avons connu des crises économiques, une crise sanitaire, et aussi quelques difficultés en interne. Malgré cela, l’entreprise a continué à avancer. Et avec le recul, je mesure aussi à quel point l’idée de départ était innovante. Mon père a créé un réseau de médiapplicateurs à une époque où cela n’existait pas encore. Je pense qu’il ne savait pas tout à fait, à l’époque, à quel point cette idée allait devenir pertinente. Car en 20 ans, les technologies d’impression ont énormément progressé. Les machines sont aujourd’hui extrêmement performantes et permettent de produire rapidement et avec une grande qualité. Le frein n’est donc plus la capacité à imprimer, mais de plus en plus la capacité à installer. C’est là que notre activité prend tout son sens.

    Je suis arrivée dans l’entreprise en 2019 et, en sept ans, j’ai vraiment vu évoluer le regard porté sur ce métier. Le travail mené notamment autour de la création de la dénomination « médiapplicateur », avec l’appui de la FESPA, a joué un rôle important. Aujourd’hui, on nous demande beaucoup moins ce que signifie ce terme, qui est progressivement entré dans le vocabulaire commun. Il reste toutefois du travail à faire, car souvent, le médiapplicateur reste associé à un poseur d’adhésifs, tandis que l’installateur serait plutôt associé à l’enseigniste. Or notre volonté est beaucoup plus large : le médiapplicateur est celui qui installe des médias de communication. Une enseigne est un média. Un adhésif est un média. Et les professionnels qui les installent relèvent du même métier. On constate d’ailleurs que les frontières entre spécialités deviennent de plus en plus poreuses. Certains professionnels restent spécialisés dans l’enseigne ou dans le média adhésif, mais beaucoup deviennent multi-spécialistes. Ces activités ne s’opposent pas, elles se complètent.

    Le besoin de médiapplicateurs est devenu beaucoup plus visible. Ce n’est plus simplement une ligne sur un devis. C’est désormais un métier à part entière. Je le constate aussi à travers les recrutements. On voit de plus en plus d’entreprises qui intègrent des médiapplicateurs en interne. Mais, parallèlement, le statut indépendant offre aussi beaucoup d’opportunités aux professionnels. Un installateur peut aujourd’hui travailler pour plusieurs réseaux, plusieurs imprimeurs locaux ou plusieurs donneurs d’ordre dans sa zone géographique. Cela lui apporte davantage d’indépendance et peut aussi être économiquement plus intéressant. Il existe par ailleurs davantage de formations permettant de se perfectionner. Le métier s’est donc professionnalisé, et les personnes qui l’exercent peuvent davantage valoriser leur spécialité.

    Il faut d’abord préciser ce que signifie ce chiffre. Nous avons environ 650 médiaplicateurs référencés dans notre base, mais nous ne faisons pas travailler 650 personnes au quotidien. Ils ne sont pas salariés de RESOsign et ne travaillent pas exclusivement pour nous. Nous pouvons faire travailler sur une année jusqu’à 150 médiapplicateurs indépendants. Les 650 professionnels référencés nous donnent surtout une profondeur de réseau. Cela nous permet d’assurer une continuité lorsque quelqu’un arrête son activité, change de région ou revend son entreprise. Il existe forcément des zones plus compliquées à couvrir. Dans certains territoires, la densité de professionnels est plus faible. Mais la taille du réseau nous permet globalement de répondre à toutes les demandes. Au total, nous réalisons environ 15 000 installations par an.

    Nous nous sommes notamment équipés d’un logiciel de gestion de projet que nous avons créé en 2019. Il répondait précisément à nos besoins. Nous avons une interface interne qui nous permet de contrôler et de suivre les projets, une interface client sur laquelle sont transmis les livrables, notamment les photos et les bons d’intervention, et une application destinée aux médiapplicateurs sur le terrain. Cette application leur permet de prendre les photos et de remplir le bon d’intervention. De notre côté, nous récupérons les informations géolocalisées et datées. Nous avons construit une véritable plateforme multi-utilisateurs permettant de suivre l’installation de bout en bout.

    Parce que notre premier outil a été développé autour d’un développement informatique classique. À chaque nouvelle fonctionnalité, il faut mobiliser du temps humain et donc engager un coût. On ne peut pas simplement décider un matin d’ajouter un bouton et le retrouver immédiatement dans l’outil. L’IA ouvre aujourd’hui des possibilités beaucoup plus importantes. Nous sommes donc en train de refondre complètement notre outil pour augmenter encore ses usages. L’objectif n’est pas seulement d’automatiser pour automatiser. Nous cherchons surtout à améliorer nos performances et le confort de travail des équipes.

    En effet. Lorsque je suis arrivée, j’ai beaucoup travaillé sur la structuration de l’entreprise. Nous sommes partis d’une très petite structure et il fallait mettre en place des méthodes et des processus pour accompagner son développement. Nous avons construit des fiches de poste, des politiques de service, fait évoluer le CRM et engagé une véritable transformation digitale. Cela répondait à plusieurs objectifs. Bien sûr, il fallait être plus productifs, mais pas simplement pour industrialiser l’entreprise. Il fallait aussi rendre les tâches quotidiennes plus agréables pour les équipes. Nous voulions pouvoir prendre davantage de chantiers avec la même équipe, sans alourdir les journées de travail. Cette transformation nous permet aussi d’être plus crédibles et plus attractifs lorsque nous répondons à des appels d’offres ou lorsque nous cherchons à travailler directement avec des marques.

    Il est vrai que je n’étais pas destinée à reprendre l’entreprise. J’ai fait des études en communication, avec l’idée potentielle de devenir attachée de presse. À la sortie de l’université, mon père m’a proposé de faire une alternance chez Resosign. L’idée était que je découvre la communication côté entreprise et que cela complète ma formation. Puis j’ai fait un deuxième master en stratégie de communication d’entreprise. Entre 2019 et 2021, j’ai notamment créé le service communication de Resosign, qui n’existait pas. Parallèlement, comme toutes les personnes que nous recrutons, j’ai aussi travaillé comme chargée de projet pour comprendre le cœur de notre activité.

    C’est venu progressivement. Lorsque je suis arrivée, certains clients avaient manifesté leur intérêt pour reprendre l’entreprise. Mon père a envisagé cette possibilité davantage par opportunité, alors qu’il avait encore beaucoup d’idées pour Resosign. J’ai senti qu’il lui était peut-être devenu un peu plus difficile, en étant seul dirigeant, de mettre toutes ces idées en œuvre. Un jour, il m’a simplement dit que si je souhaitais me positionner, il en serait ravi. C’est finalement comme cela que les choses se sont construites. Ce n’était donc pas un projet que j’avais depuis toujours. C’est davantage un concours de circonstances. Mon père a senti que j’avais envie de m’investir, et la transmission s’est progressivement imposée.

    Ce qui me plaît, c’est de ne jamais avoir le sentiment d’avoir terminé d’apprendre. Depuis 2019, j’ai eu une dizaine de casquettes différentes dans l’entreprise. J’aime découvrir toutes les facettes de la gestion et apprendre constamment de nouvelles choses. Je dois reconnaître que ne suis pas particulièrement férue d’encres, d’adhésifs ou de techniques d’installation. En revanche, je suis vraiment passionnée par la gestion d’entreprise. J’aime mon équipe, j’aime travailler avec des prestataires de services comme les médiapplicateurs, et j’aime cette dimension humaine. C’est probablement ce qui me motive le plus.

    La RSE fait partie des sujets que j’ai développés, mais je dirais que mon apport est plus largement celui de la structuration. Une grande partie de nos engagements sociaux existait déjà. Mon père avait déjà cette sensibilité. Les démarches de labellisation et les processus de certification nous ont surtout permis de formaliser ce qui existait et de structurer notre fonctionnement. La RSE et les démarches de type ISO obligent à prendre du recul, à formaliser les pratiques et à se soumettre à un audit. Cela nous a permis de faire apparaître des engagements qui étaient parfois déjà présents sans être formalisés.

    Elle s’inscrit notamment dans la manière dont nous travaillons avec nos équipes et avec notre réseau de médiapplicateurs. Mais elle nous a aussi amenés à réfléchir à notre fonctionnement global. La modernisation de l’entreprise, par exemple, n’avait pas pour seul objectif d’être plus performants. Nous voulions aussi réduire les tâches inutiles et améliorer les conditions de travail. Avant notre transformation digitale, nous imprimions énormément de documents. La digitalisation a donc aussi été engagée pour de bonnes raisons environnementales et sociales. Pour moi, la modernité d’une entreprise doit servir plusieurs objectifs : être plus performante, mais aussi être plus agréable pour les personnes qui y travaillent et plus cohérente avec les enjeux environnementaux.

    Le premier chantier est de poursuivre et de compléter la transmission. Aujourd’hui, nous sommes associés avec mon père, qui est toujours présent, mais qui a pris du recul au quotidien et dans les décisions. Le deuxième grand chantier est le nouvel outil que nous développons avec l’IA. Nous voulons qu’il nous permette d’améliorer encore les performances et le confort de travail. L’animation de notre réseau représente aussi un axe de développement important. C’est une nouvelle branche, à la fois commerciale et opérationnelle. L’idée est de faire évoluer notre relation avec les médiapplicateurs. Nous ne voulons pas uniquement leur apporter du chiffre d’affaires. Nous voulons qu’ils puissent aussi bénéficier de services en tant qu’adhérents du réseau, dans l’esprit de ce que l’on peut retrouver dans certains réseaux de franchise (cartes carburant, télébadges, location de matériel, etc.). Et enfin, nous sommes dans une nouvelle étape de notre démarche de labellisation, et nous voulons accélérer sur les solutions environnementales, au-delà du recyclage.

    Nous avons créé une sorte de rituel en étant présents aussi régulièrement. C’est devenu un point de rendez-vous. Nos clients savent que nous sommes là et viennent nous voir. Le visitorat de C!Print correspond parfaitement à notre écosystème : on y rencontre des imprimeurs grand format, des enseignistes et des médiapplicateurs. Ce sont à la fois des clients potentiels, des partenaires et des fournisseurs. Il y a aussi un intérêt à rencontrer les petits acteurs. Un imprimeur local qui vient découvrir de nouvelles solutions peut, quelques années plus tard, avoir besoin de nous parce qu’il aura développé son activité et obtenu de nouveaux marchés. Notre participation au salon offre toujours un ROI concret.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).