L’automatisation, bras armé du print
Logiciels, robotique, intelligence artificielle : de nombreuses solutions boostent aujourd’hui les ateliers d’impression, à des degrés divers selon les entreprises. Une hétérogénéité qui s’explique par des choix stratégiques divers, des moyens financiers disparates, ou encore le temps de cerveau disponible des dirigeants. De nombreuses tâches et opérations sont déjà automatisées – ou potentiellement automatisables – dans les industries graphiques, et s’il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau, il s’accélère grandement ces derniers mois, sous les coups de butoir de l’IA de masse. Le champ des possibles explose et c’est, il faut le reconnaître, assez fascinant. Formidable accélérateur de particules, l’automatisation répond de mieux en mieux à des besoins de productivité et de compétitivité, comme aux difficultés de recrutement. Mais quid de la place de l’humain dans un tel système où le digital et les robots semblent régner en maîtres ? Éléments de réponse.
L’automatisation n’est pas une révolution récente. Fil rouge majeur de l’histoire industrielle française, il s’agit d’une succession d’étapes depuis plus d’un siècle. Au début du XXe siècle, l’automatisation débute avec la mécanisation du travail. Les machines-outils, moteurs électriques et lignes de montage inspirées du modèle fordiste apparaissent. L’objectif d’alors est – déjà – de produire plus vite et à moindre coût. Dans les années 1950–1970, on note l’apparition des premiers automates programmables, comme ceux de Télémécanique ou Siemens, qui transforment les usines françaises. L’industrie automobile, à l’image de Renault ou Peugeot, ainsi que l’aéronautique deviennent des pionnières de la robotisation. Entre les années 1980 et 2000, place à la robotisation intelligente. L’informatique industrielle, les robots manipulateurs et la commande numérique s’imposent. L’automatisation explose et devient un levier de compétitivité à l’échelle mondiale.
ENTRE MATURITÉ TECHNOLOGIQUE ET DÉFIS HUMAINS
Aujourd’hui, la France vit une nouvelle vague d’automatisation, portée par l’industrie 5.0. L’interconnexion des systèmes, la donnée en temps réel, l’intelligence artificielle et la maintenance prédictive s’inscrivent au cœur des dernières mutations. Différentes technologies s’installent au cœur des usines les plus avancées : « cobots » (robots collaboratifs) dans les chaînes d’assemblage, vision artificielle pour le contrôle qualité, « digital twins » (jumeaux numériques) pour la conception et la maintenance, ou encore IoT industriel pour collecter et analyser les données de production. Mais l’adoption reste contrastée. Si les grands groupes, à l’image de Safran, L’Oréal, ou Stellantis ont massivement investi, les PME et ETI françaises restent souvent, et on peut le comprendre, plus lentes à adopter ces solutions, par manque de moyens ou de compétences en interne. Le programme France Relance et le plan Industrie du Futur initiés par les pouvoirs publics ont cherché à combler ce retard via la robotisation et la formation, mais le chemin est encore long. Quoiqu’il en soit, les enjeux humains sont cruciaux et colossaux. Car si l’automatisation n’élimine pas l’ensemble du travail humain, elle le transforme. Les opérateurs deviennent des sortes de pilotes de systèmes et les techniciens et ingénieurs prennent une place grandissante.
VERS UNE AUTOMATISATION AUGMENTÉE ET DURABLE
En France, dans un scénario idéal, le futur de l’automatisation pourrait s’écrire autour de trois grands axes. Premièrement, l’automatisation augmentée par l’intelligence artificielle.Les systèmes deviendront capables d’auto-ajustement, de diagnostic prédictif et d’optimisation continue. Déjà à l’œuvre dans certaines usines, l’IA embarquée permettra une production plus souple, toujours plus adaptée aux petites séries et à la personnalisation de masse. Deuxièmement, l’automatisation frugale et inclusive. L’enjeu n’est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux, en économisant les ressources, minimisant les rebuts et réduisant les consommations énergétiques. Les cobots, reprogrammables et légers, permettront une automatisation plus accessible aux PME. Troisièmement, l’automatisation ancrée dans les territoires. La relocalisation industrielle engagée post-Covid et la transition écologique favoriseront une réindustrialisation maîtrisée, appuyée sur des technologies d’automatisation de plus en plus locales et sur la montée en compétence des salariés.
Étude Bpifrance : l’automatisation, colonne vertébrale d’une réindustrialisation résiliente
L’étude « Industriels résistants en des temps turbulents » menée par Bpifrance en juillet 2025 explore comment plusieurs dirigeants d’entreprises industrielles parviennent à mener à bien leurs projets d’implantation malgré une conjoncture défavorable et un environnement réglementaire complexe. L’étude érige notamment l’automatisation comme un levier clé de résilience et de compétitivité dans les projets industriels récents. Cinq enseignements principaux sont à retenir.
1. Un levier stratégique pour sécuriser la production
Dans un contexte de tensions sur les coûts, les délais et les compétences, les entreprises industrielles interrogées voient l’automatisation comme une réponse à la fragilité de leur chaîne de valeur :
- Elle permet de réinternaliser des fonctions critiques, de gagner en agilité et de réduire la dépendance à des sous-traitants ou à des fournisseurs étrangers.
- Elle garantit la continuité de la production, même en cas de difficulté de recrutement ou d’absentéisme.
2. Un outil de montée en gamme et de passage à l’échelle
L’automatisation est aussi perçue comme le pivot du passage du stade artisanal à celui d’une production industrielle scalable :
- Elle favorise la standardisation des procédés, tout en conservant la qualité et la traçabilité nécessaires aux secteurs exigeants (santé, chimie, métallurgie…).
- Elle permet de dupliquer plus facilement un modèle industriel réussi : une usine « prototype » peut servir de base à d’autres implantations, selon une logique de « sisterships ».
3. Une réponse directe à la pénurie de compétences
Les métiers industriels qualifiés sont rares, et le vieillissement des effectifs accentue les tensions. L’automatisation devient donc un moyen de compenser la pénurie de main-d’œuvre tout en renforçant l’attractivité du secteur :
- Les nouvelles lignes automatisées sont plus ergonomiques, limitent les troubles musculosquelettiques et améliorent les conditions de travail.
- L’image de modernité des usines robotisées attire davantage de jeunes talents et de profils féminins, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’une architecture soignée et d’outils numériques.
4. Un investissement lourd mais structurant
Si l’automatisation exige des CAPEX importants, elle est vue comme indispensable pour maintenir la compétitivité française :
- Les entreprises la financent via des montages hybrides : dette bancaire, fonds propres, programmes publics (France 2030), voire partenariats avec des clients ou investisseurs étrangers.
- Elle est aussi un levier de décarbonation, car elle optimise les flux, réduit les déchets et facilite le pilotage énergétique des sites.
5. Une façon de moderniser le rapport au travail
Enfin, l’étude montre que les dirigeants les plus résistants associent l’automatisation à une transformation culturelle :
- L’objectif n’est pas seulement de produire plus vite, mais de mieux produire, avec des collaborateurs repositionnés sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
- L’automatisation est pensée comme un outil de bien-être et de fierté industrielle, non comme une menace pour l’emploi.
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