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    D’imprimeur à agence 360, le virage réussi d’IML

    Entreprise fondée en 1920, IML a lancé depuis plus de 15 ans une transformation profonde de son modèle. D’imprimeur tout ce qu’il y a de plus traditionnel à agence de communication globale, la PME basée à Saint-Martin-en-Haut, au cœur des Monts du Lyonnais, a parcouru un chemin remarquable. Ici, l’imprimerie continue de tourner, l’atelier de signalétique se développe, le digital a trouvé sa place et les équipes défendent une vision profondément humaine du métier. Rencontre avec une entreprise qui a su transformer les mutations du print en opportunités.

    À quelques kilomètres de Lyon, les collines verdoyantes des Monts du Lyonnais abritent un acteur bien connu de l’écosystème local. IML, historiquement implantée à Saint-Martin-en-Haut (Rhône) dès les années 1920, occupe depuis 1994 un bâtiment qui n’a cessé d’évoluer au rythme de la croissance de ses activités. « On a agrandi nos locaux plusieurs fois en fonction des besoins de production », explique Bertrand Bazin, dirigeant d’IML, en ouvrant les portes des 1 000 m² d’atelier et des 200 m² de bureaux qui composent aujourd’hui un site perché à 730 m d’altitude.

    Avec une équipe d’une vingtaine de collaborateurs (graphistes, opérateurs, commerciaux, fabrication, comptabilité, poseurs), IML revendique une organisation hybride, à l’image de son activité. Car derrière le nom IML se cache aujourd’hui un véritable groupement de compétences incluant impression, digital et signalétique. Dans les ateliers, l’odeur du papier côtoie les supports PVC, les adhésifs grand format et les traceurs numériques. Une cohabitation qui résume assez bien la philosophie de la maison : ne jamais opposer les supports. « Pour nous, la communication, c’est multiplier les points de contact. Papier, digital, signalétique… tout fonctionne ensemble ».

    Chez IML, on continue de croire au print. Et pas seulement par nostalgie. En ce vendredi matin, une presse de production Xerox débite des catalogues commerciaux par centaines, bien calée entre deux lignes offset qui tournaient à plein régime quelques jours auparavant pour les élections municipales locales. Au fond de l’atelier, une vénérable machine Heidelberg tourne encore régulièrement. Malgré la baisse continue des volumes papier observée depuis de nombreuses années, l’entreprise n’a jamais abandonné son outil industriel. « On nous annonçait la disparition du papier il y a des années. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il reste indispensable dans bien des usages », se réjouit le dirigeant.

    La proximité géographique constitue un avantage décisif pour IML. Certains clients locaux peuvent encore transmettre un fichier la veille pour une livraison dès le lendemain. « Un programme de cinéma reçu à midi peut être imprimé l’après-midi, plié le matin suivant et livré dans la foulée. Même les plateformes web-to-print les plus agressives ne peuvent pas toujours suivre ce niveau de réactivité. »

    Cette logique de proximité dépasse la simple question des délais. Dans les Monts du Lyonnais, IML revendique un rôle économique et sociétal fort. L’entreprise travaille en étroite collaboration avec les collectivités locales, les associations et les acteurs culturels du territoire. Une fidélité réciproque qui nourrit un véritable écosystème local. « On participe à la vie économique du territoire. Quand une association vient nous voir, on essaie d’aider. Et en retour, les collectivités jouent aussi le jeu du local. »

    Reprendre la main

    L’évolution récente la plus spectaculaire se situe sans aucun doute du côté de la signalétique. Cette activité est devenue un véritable relais de croissance pour IML. Enseignes, adhésifs, covering, totems, décoration d’espaces, les projets se multiplient et nécessitent des compétences bien différentes de celles de l’imprimerie traditionnelle. « On pourrait croire qu’il suffit d’un fichier pour imprimer. En réalité, la signalétique implique de nombreuses spécificités techniques : les matériaux, les supports, la pose et ses contraintes… »

    Dans l’atelier dédié, des traceurs HP Latex côtoient les outils de découpe et les équipements de finition. Mais au-delà des machines, c’est surtout le savoir-faire terrain qui impressionne. L’entreprise réalise désormais des projets complets de signalétique extérieure pour des collectivités et des réseaux d’enseignes, intégrant parfois menuiserie, scellement béton, pose sur site, ou encore gestion électrique pour les enseignes lumineuses. « Les métiers de la signalétique demandent des compétences très larges. On touche au bâtiment, à la pose, à l’électricité, aux matériaux, etc. »

    Cette montée en puissance de la signalétique a également poussé IML à structurer davantage son organisation interne, notamment au niveau des équipes graphiques. Trois graphistes travaillent principalement sur le print tandis qu’une personne se concentre davantage sur la signalétique. Une spécialisation devenue nécessaire face aux différences techniques croissantes entre les métiers.

    Illustration de cette stratégie de diversification, IML a lancé Vecta Concept. Cette nouvelle offre vise les réseaux multi-sites, franchises, banques, assurances ou enseignes nationales souhaitant déployer leur identité visuelle partout en France. L’idée est née d’un constat simple. IML intervenait régulièrement en bout de chaîne comme poseur, récupérant parfois des projets mal conçus en amont. « On arrivait au moment de la pose et on voyait tout de suite que les matériaux ou les méthodes n’étaient pas adaptés. On devait rattraper les problèmes de dernière minute, avec les difficultés que cela suppose. »

    Avec Vecta Concept, IML peut désormais piloter les projets de A à Z : audit des sites, conseil matériaux, fabrication, logistique et pose nationale. « On pense pouvoir proposer mieux aux clients en prenant les projets globalement dès le départ. » Le modèle repose aussi sur un réseau national de poseurs partenaires développé au fil des années. Quelques premiers contrats suffisent déjà à faire décoller l’activité, car dans le cas de prestations multi-sites, deux ou trois gros clients peuvent représenter un volume important. Mais au-delà de la simple fabrication, le dirigeant insiste surtout sur la dimension conseil. « Notre objectif n’est pas de vendre un produit pour vendre un produit. On veut répondre aux objectifs de communication du client et lui apporter un vrai retour sur investissement. »

    « Passer par une vraie agence »

    Autre transformation majeure au cours de la longue histoire d’IML, la création de Helli Hello, agence de communication digitale basée à Chaponost, à quelques minutes du centre de Lyon. Une décision née d’un paradoxe étonnant. Alors qu’IML disposait déjà de compétences web, design et stratégie digitale en interne, certains prospects continuaient de percevoir l’entreprise uniquement comme… une imprimerie. « On se heurtait à un plafond de verre. Les clients nous disaient : “Vous êtes compétents, mais on préfère passer par une vraie agence” », en sourit aujourd’hui Bertrand Bazin.

    Le problème n’était pas d’ordre technique, mais purement lié à l’image. « Traverser un atelier d’imprimerie avant d’arriver dans les bureaux d’une agence digitale pouvait créer un blocage psychologique chez certains clients. » La création de Helli Hello a donc permis de repositionner cette activité avec ses propres codes : bureaux plus proches de Lyon, image startup, identité dédiée. Et les résultats ont été immédiats. « La différence a été énorme. Pourtant, c’était exactement la même équipe. » Pour autant, IML refuse toujours d’opposer digital et print. « Le digital représente aussi un avantage pour nous. Plus on peut proposer de supports différents, plus on accompagne efficacement nos clients. »

    Derrière cette transformation continue, il y a aussi un parcours personnel atypique. Le dirigeant d’IML est entré dans l’entreprise à 16 ans, presque par hasard. « L’école n’était pas vraiment faite pour moi. Mon entraîneur de foot était alors le patron d’IML et il m’a proposé d’intégrer l’atelier. » De l’apprentissage sur des machines offset jusqu’à l’association dans l’entreprise, Bertrand Bazin aura finalement exercé presque tous les métiers : impression, fabrication, planning, commercial, direction. « Je n’ai connu qu’une seule entreprise, mais j’ai déjà eu plusieurs vies. »

    Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une vision très engagée sur la formation et la valorisation des métiers techniques. Chez IML, plusieurs salariés sont d’anciens apprentis et l’entreprise continue d’accueillir stagiaires et alternants. « Même pour un stage de troisième, on essaie de construire un vrai parcours de découverte. » Le sujet devient d’autant plus stratégique que les écoles graphiques traversent actuellement une période délicate. « Si on ne forme plus de jeunes à ces métiers, c’est dangereux pour toute la filière. »

    Le dirigeant regrette aussi la dévalorisation historique des filières manuelles. « Pendant longtemps, on disait aux jeunes : si tu n’es pas bon à l’école, tu iras en voie professionnelle. C’était vécu comme un échec. Pourtant, beaucoup réussissent parfaitement dans ces métiers. »

    Selon lui, les métiers techniques retrouvent aujourd’hui une forme de reconnaissance, notamment face aux limites de l’automatisation. « Les métiers manuels gardent une vraie valeur. On a besoin de gens capables de fabriquer, poser, ou réparer. »

    Jouer collectif

    Comme beaucoup d’imprimeurs, IML a traversé les grandes mutations du secteur, entre baisse des volumes, pression sur les prix et concentration du marché. Mais plutôt que d’entrer dans une logique de guerre tarifaire, l’entreprise a choisi la coopération. IML fait ainsi partie des membres fondateurs du groupement Toucom, un réseau qui rassemble aujourd’hui plus de 80 imprimeurs à travers la France. L’objectif est de mutualiser les achats, partager les capacités de production, s’entraider en cas de surcharge ou de panne machine et favoriser les échanges entre confrères.

    « Au début des années 2000, beaucoup d’imprimeurs se tiraient dans les pattes. Aujourd’hui, on a compris qu’il fallait travailler intelligemment ensemble. » Cette solidarité permet aussi à des structures indépendantes de continuer à exister face aux grands groupes industriels. « On reste un groupe à taille humaine, avec des valeurs très fortes de proximité et d’entraide. »

    Pour preuve, au fil de la visite, le dirigeant pointe l’ancienneté des équipes dans les bureaux comme dans les ateliers. Certains collaborateurs sont présents depuis 20 ou 30 ans. « Ici, on essaie de faire en sorte que chacun se sente concerné par les clients et par l’entreprise. » Cette fidélité s’accompagne d’une organisation du travail relativement souple, avec télétravail partiel et adaptation aux contraintes personnelles. « Le but, c’est aussi d’éviter des heures de route inutiles et de garder des équipes motivées. » Dans un secteur confronté à des difficultés de recrutement, cette approche constitue un véritable atout.

    A l’image, aussi, de l’intégration des considérations écologiques. Au milieu des collines des Monts du Lyonnais, la question environnementale fait partie du quotidien. Certifiée Imprim’Vert et PEFC, l’entreprise revendique une approche pragmatique du développement durable. Tri des déchets, suppression des produits chimiques historiques, optimisation des livraisons, rationalisation des transports : autant de réflexes intégrés depuis longtemps dans l’organisation. Cette conscience environnementale participe aussi à l’identité d’IML. L’entreprise travaille notamment avec plusieurs acteurs lyonnais engagés dans l’écologie et les énergies renouvelables, comme le salon Primevère depuis plus de 15 ans. « Quand on vit ici, au milieu des collines, on a forcément envie de préserver ce territoire », résume Bertrand Bazin.

    À Saint-Martin-en-Haut, IML donne au final une image assez différente de celle que l’on associe parfois encore au secteur graphique. Loin d’une imprimerie figée dans le passé, l’entreprise apparaît plutôt comme en adaptation permanente, saisissant toutes les opportunités qui s’offre à elle. Une manière de démontrer qu’en 2026, l’avenir du print ne se joue plus uniquement dans les volumes papier, mais dans la capacité des entreprises à penser la communication dans sa globalité.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).