Tissup, Signarama Orléans : quand les déchets textiles publicitaires deviennent une ressource
Que faire des bâches, drapeaux et autres supports publicitaires textiles une fois leur campagne terminée ? Avec Tissup, Clémence Bressin entend apporter une réponse simple : transformer ces déchets en nouveaux objets, en s’appuyant sur des ESAT et un réseau de partenaires locaux. Une démarche que Signarama Orléans, dirigée par Hélène Letourneau, a choisi d’intégrer à son offre. Une collaboration qui illustre une évolution de fond pour les professionnels de la communication visuelle consistant à ne plus seulement produire, mais aussi réfléchir à la seconde vie des supports.
Le problème n’est pas nouveau. De nombreuses entreprises produisent des bâches, des drapeaux, des kakémonos et plus largement des supports de communication destinés à des usages parfois très courts. Une fois la campagne terminée, ces matériaux deviennent encombrants et leur fin de vie est encore insuffisamment anticipée au moment de leur fabrication. C’est sur cette problématique que s’est positionnée Tissup. Créée en février 2025 par Clémence Bressin, l’entreprise angevine propose un service BtoB de réemploi des déchets publicitaires, pensé pour être aussi simple que possible pour les entreprises. « Tout le monde voulait le faire, mais vouloir le faire, c’est une chose et le faire, c’en est une autre. J’ai décidé de passer à l’action », résume la dirigeante de 26 ans. Son objectif est de transformer une démarche pouvant paraître complexe en une prestation clé en main.

Service clé en main
Le parcours de Clémence Bressin explique en partie le positionnement atypique de Tissup. Formée en biologie et sur les questions environnementales, elle ne vient ni de la confection ni de la communication visuelle. Sa connaissance du textile est d’abord née d’une passion personnelle pour la couture, initiée à l’adolescence. Elle commence ensuite à retravailler des matières textiles et à commercialiser ses créations. Le déclic intervient lorsqu’une entreprise la contacte après avoir découvert son activité sur Internet. Elle lui propose de travailler sur des drapeaux publicitaires usagés. Le test se révèle concluant : 200 drapeaux sont récupérés et transformés en 1 000 sacs à dos. L’expérience lui fait prendre conscience que le problème dépasse largement ce premier client. « Des sociétés de ce type-là, il y en a beaucoup et elles doivent tous avoir les mêmes déchets », se dit alors la dirigeante. Clémence Bressin commence à contacter des entreprises et constate qu’elles partagent une même difficulté. Elles disposent de matières à réemployer, mais ne savent comment organiser leur transformation. Tissup va donc construire son offre autour de l’idée de rendre le réemploi accessible en prenant en charge l’ensemble de la chaîne.
Le fonctionnement commence par un inventaire des déchets disponibles. Cette étape permet d’identifier les matières et les volumes, mais aussi de définir le projet de transformation et d’établir un devis. Une fois celui-ci validé, Tissup organise la collecte sur le site du client. Aucun conditionnement particulier n’est demandé et une photographie du lot suffit pour préparer l’intervention. Les matières sont ensuite triées et nettoyées si nécessaire, avant d’être confiées à des ateliers de confection en ESAT. Ce choix constitue l’un des piliers du modèle. Tissup travaille avec des structures du secteur du handicap dans différentes régions et cherche à rapprocher au maximum les ateliers des lieux où les déchets sont collectés. « Si on a un client à Paris, on a des ateliers à Paris. Si on a un client à Lyon, on a des ateliers à Lyon », explique Clémence Bressin. L’objectif est à la fois de limiter les transports et d’ancrer le projet dans les territoires. Une fois transformés, les matériaux deviennent de nouveaux produits pouvant être réutilisés par l’entreprise. Tissup propose aujourd’hui une vingtaine de références (objets de bureau, pochettes pour ordinateur, pots à crayons, poubelles de bureau, mobilier, transats, poufs, porte-clés, porte-cartes, etc.). L’entreprise propose aussi du sur-mesure. Une démarche qui permet d’adapter le produit final à la nature du déchet disponible et surtout au besoin du client. Tissup cite par exemple le cas de la ville de Béziers, pour laquelle des bâches ont été transformées en « big bags » destinés aux équipes de paysagistes.



Circularité et sens économique
Le discours sur le réemploi se heurte souvent à une question très concrète : combien cela coûte-t-il ? Tissup revendique une approche économique de l’économie circulaire. L’entreprise ne vend pas simplement un objet recyclé, elle facture une prestation globale comprenant la collecte, le tri, la transformation, la livraison et le reporting. Selon les chiffres communiqués par Clémence Bressin, le coût moyen ramené à l’objet final se situe, en moyenne, autour de six euros. Un chiffre à mettre en regard du fait que l’entreprise évite en parallèle au client de supporter la gestion de ses déchets et lui fournit de nouveaux objets fabriqués en France et en ESAT. « Il faut arrêter de tout séparer. Les services achats doivent travailler avec les directions RSE », défend la dirigeante. Tissup indique viser des entreprises disposant d’un volume d’au moins 20 à 30 unités importantes à recycler. Le panier moyen d’une prestation est d’environ 2 000 euros. Une logique qui traduit bien le changement de paradigme défendu par l’entreprise. Le déchet ne doit plus être considéré comme une dépense isolée, mais comme une matière première dont la valorisation peut être intégrée à l’équation économique globale.
C’est là que la collaboration avec Signarama Orléans prend tout son sens. Pour Hélène Letourneau, qui a repris l’entreprise familiale en 2021, la question du changement de modèle économique est déjà engagée. Elle voit dans Tissup un moyen concret d’accompagner ses propres clients au-delà de la fabrication des supports. « Quand je vois l’opportunité d’accompagner nos clients dans le réemploi de ce qu’on leur fabrique, souvent pour des usages uniques ou temporaires, je trouve cela formidable », explique-t-elle. Le principe de partenariat est simple. Signarama joue un rôle d’aiguillage : l’entreprise informe ses clients de l’existence de la solution et les invite à identifier les déchets publicitaires qu’ils pourraient faire transformer. Tissup prend ensuite le relais pour établir le projet de valorisation. Une organisation que Hélène Letourneau apprécie parce qu’elle ne nécessite pas de bouleverser le fonctionnement de l’imprimeur. « Il n’y a pas besoin de changer quoi que ce soit dans une entreprise pour proposer ce service », souligne-t-elle.
La démarche peut même aller plus loin. Pour Signarama Orléans, le réemploi n’a pas vocation à intervenir uniquement après la campagne. Il peut être intégré dès la conception des supports. L’entreprise a ainsi réalisé des bâches, drapeaux et autres supports de communication en réfléchissant dès leur conception à leur future transformation. L’idée : produire aujourd’hui des supports dont la matière pourra demain être transformée en objets destinés aux clients ou aux collaborateurs. Cette anticipation change la manière de concevoir la communication visuelle. La question n’est plus seulement « quel support fabriquer ? », mais aussi « que deviendra-t-il après son utilisation ? ». Pour Hélène Letourneau, c’est même un argument qui pourrait petit à petit entrer dans le discours commercial des imprimeurs. Lorsqu’un client demande un support temporaire, pourquoi ne pas lui proposer dans le même élan une solution pour sa fin de vie ?
Documenter, communiquer
Pour Tissup, la valorisation ne s’arrête pas à la transformation physique des matières. L’entreprise fournit à ses clients un bilan d’impact regroupant les données environnementales et sociales du projet, mais aussi une page projet personnalisée retraçant en images les différentes étapes de la revalorisation. Photos, présentation du projet et éléments de traçabilité peuvent ainsi être réutilisés dans la communication de l’entreprise. Une manière de répondre à une autre difficulté souvent rencontrée dans les démarches RSE : avoir une action concrète ne suffit pas toujours, encore faut-il pouvoir la documenter et la raconter. Tissup entend donc fournir les éléments permettant au client de communiquer sur ce qui a été réalisé, sans lui demander de reconstruire lui-même toute l’histoire du projet. Et lorsque l’entreprise n’a pas besoin des objets produits, Tissup propose de les orienter vers des associations d’intérêt général. Les produits fabriqués à partir des anciennes bâches ou autres supports peuvent ainsi trouver un nouvel usage ailleurs, dans des écoles ou auprès d’associations.
En un peu plus d’un an, Tissup a déjà traité environ trois tonnes de déchets et vise cinq tonnes à la fin de l’année 2026. L’équipe compte cinq salariés et trois intervenants externes. Ces volumes restent modestes à l’échelle de l’industrie de la communication visuelle, mais ils témoignent d’un marché qui structure de plus en plus ses réponses. Du côté de Signarama Orléans, les premiers retours sont encore à évaluer puisque le partenariat a été lancé récemment. Hélène Letourneau souligne toutefois que l’enjeu ne se mesure pas uniquement au nombre immédiat de demandes. Faire connaître l’existence de la solution contribue déjà à installer le sujet dans l’esprit des clients. Et pour les imprimeurs et professionnels de la communication visuelle, intégrer le réemploi à leur offre ne signifie pas devenir eux-mêmes recycleurs. Cela peut juste consister à jouer un rôle de maillon dans une chaîne plus large.


