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    Élodie Simon, étudiante et lauréate d’un Icona d’Or FESPA 2026 : « Pourquoi ne pas personnaliser les prothèses comme on le fait pour les plâtres ? »

    À 24 ans, Élodie Simon est encore en formation, mais son travail a déjà été distingué par un Icona d’Or FESPA. En alternance chez l’imprimeur C Com Pub et étudiante à Grafipolis dans la région nantaise, elle a mis ses compétences au service des personnes portant une prothèse, afin de les aider à mieux s’approprier leur appareillage grâce à la personnalisation. Rencontre avec une créatrice volontaire et ambitieuse.

    L’idée me trottait en effet dans la tête depuis des années. Lorsque j’étais au collège, j’avais des amis qui portaient des corsets en raison de scolioses ou de problèmes de dos importants. Au fil du temps, j’ai remarqué que les motifs proposés étaient souvent les mêmes. Et j’ai aussi compris que ces dispositifs ne correspondaient pas toujours aux goûts de ceux qui les portaient. Certaines personnes finissaient par avoir honte de leur appareillage et cherchaient à le cacher sous leurs vêtements. En été, cela pouvait devenir très inconfortable. Je me suis alors posé une question : pourquoi ne pas pouvoir personnaliser les prothèses ou les orthèses comme on personnalise les plâtres ? Lorsqu’on porte un plâtre, on peut choisir sa couleur, dessiner dessus et le rendre unique. Je me suis dit qu’il devait être possible d’offrir la même liberté aux personnes qui portent un dispositif médical.

    L’idée est de permettre aux personnes de s’approprier leur appareillage, de le rendre plus personnel et de mieux l’accepter. Quand on doit porter un corset, une prothèse ou une orthèse au quotidien, ce dispositif prend beaucoup de place dans la vie. Pouvoir choisir son apparence, ses couleurs ou ses motifs peut contribuer à changer le regard que l’on porte sur lui. Je voulais montrer que ces dispositifs ne sont pas obligés d’être tous identiques. On peut imaginer des décors qui correspondent davantage à la personnalité de chacun, à ses goûts ou à ses passions. C’est un projet qui me tenait très à cœur, parce que j’ai côtoyé des personnes concernées et que je sais à quel point ce sujet peut être important pour elles.

    J’ai réalisé les dessins de mon côté, en dehors du temps passé à l’école et en entreprise. C’est un travail qui m’a demandé beaucoup d’investissement personnel. Pour la partie impression, j’ai pu m’appuyer sur mon entreprise, C Com Pub. Ma formatrice chez Grafipolis m’a également accompagnée tout au long de la préparation de mon dossier pour les Icona d’Or FESPA. Elle m’a aidée à formuler mes idées pour les présenter de manière adaptée. D’autres formateurs m’ont aussi soutenue, tout comme ma famille. C’est vraiment le fruit d’un travail collectif, même si l’idée originale et les dessins viennent de moi. J’ai eu des moments de doute, mais tous ces encouragements m’ont aidée à tenir bon. Je savais que ce projet avait du sens et je voulais aller jusqu’au bout.

    Chez C Com Pub, je touche à beaucoup de choses : le covering, les affiches, l’impression numérique, la découpe, les enseignes, les enseignes lumineuses ou encore le textile. C’est très varié et cela me permet de découvrir différentes techniques. Toutes ces compétences sont intéressantes pour mon projet. Les métiers de la communication visuelle offrent de nombreuses possibilités en matière de personnalisation. Il fallait voir comment les adapter aux dispositifs médicaux et ce qu’il était possible de réaliser concrètement.

    Je ne m’y attendais pas du tout ! On m’avait simplement dit que j’étais invitée à la soirée de remise des prix. Je me suis doutée que je faisais partie des finalistes, mais je ne pensais vraiment pas recevoir une récompense. Lorsque je suis arrivée, on m’a expliqué que mon projet allait être exposé parmi d’autres. J’ai commencé à comprendre que quelque chose se passait, mais je n’imaginais toujours pas remporter un Icona d’Or. Quand le prix a été annoncé, j’ai été très surprise. J’ai aussi été émue car je me suis dit que le jury avait compris l’histoire derrière ce projet et ce qu’il pouvait représenter. Cette reconnaissance m’a confortée dans l’idée qu’il fallait que je continue à le défendre.

    Pour le moment, je suis encore un peu dans le flou sur les prochaines étapes. Mais on m’a d’ores et déjà proposé de présenter mon projet au concours international des FESPA Awards 2027. Ce serait déjà une belle occasion de le faire connaître davantage. Et j’aimerais surtout, qu’un jour, ce projet puisse être commercialisé à grande échelle. Mon objectif est de montrer aux personnes qui portent un corset, une prothèse ou une orthèse qu’il existe des possibilités de personnalisation. J’espère que cette démarche pourra être reconnue dans le milieu médical. Le prix me donne aussi confiance. Il montre que des idées qui peuvent paraître difficiles à concrétiser méritent d’être défendues. Il ne faut pas s’imposer soi-même des limites avant même d’avoir essayé.

    Il faut encore avancer et voir comment faire évoluer le projet. Je dois continuer à me former, acquérir de l’expérience et comprendre comment je pourrais développer cette activité. Je ne peux pas encore dire précisément sous quelle forme cela se concrétisera, mais j’aimerais vraiment parvenir à le mettre en place. Il y a notamment des compétences complémentaires que je pourrais acquérir, comme en matière de pose et de covering. Elles pourraient m’être utiles pour travailler sur des prothèses et d’autres dispositifs. Il faudra aussi construire des liens avec le milieu médical pour réfléchir aux possibilités de collaboration.

    Je souhaite poursuivre ma formation, probablement avec un BTS plurimédia, puis continuer à acquérir de l’expérience en entreprise. J’aimerais rester chez C Com Pub pour progresser, tout en développant mes projets à côté. À terme, j’aimerais créer mon entreprise, même si je ne sais pas encore si je partirai de zéro ou si je reprendrai une structure existante. Je voudrais développer une activité qui associe la signalétique et la personnalisation à des projets dans le domaine médical. J’aimerais pouvoir aller plus loin et travailler en direct avec les établissements de santé. L’objectif serait de mettre mes compétences graphiques et techniques à la disposition de projets ayant une dimension humaine. Je sais que cela prendra du temps, mais c’est un projet auquel je crois beaucoup. J’aimerais qu’il puisse un jour aider des personnes à mieux vivre avec leur appareillage, tout en leur permettant d’exprimer davantage leur personnalité. C’est aussi ce que je retiens de cet Icona d’Or : il faut croire en ses idées, accepter de se faire accompagner et persévérer pour essayer de les concrétiser.

    Bertrand Clermont-Genevi est rédacteur en chef d'IC. Il possède dix ans d’expérience dans les médias (L’Express, 20 Minutes, Prisma Média) et en agence de communication (Hopscotch).